Isolement et mortalité carcérale
Isolement et mortalité carcérale. Les ressorts des mobilisations anti-prisons helvétiques (1970-1980) – Alix Heiniger
Dans les années 1970, les personnes détenues en Suisse dénoncent par des protestations et des révoltes un système qui, loin d’exercer une action éducative et de préparer leur réinsertion comme le prévoit la loi, provoque des décès par suicides ou négligences. Des collectifs abolitionnistes ou critiques de la prison relaient les protestations qui trouvent un écho d’abord dans la presse et finalement auprès des autorités. Dans le cas suisse, les jeunes hommes qui ont connu la prison à cause de leur refus d’accomplir leur service militaire et les militantes féministes jouent un rôle de premier plan. En s’appuyant sur le concept d’« économie morale » développé par E. P. Thompson et sur la sociologie des problèmes publics, cet article analyse les différentes étapes du processus de visibilisation des revendications des personnes détenues, de la première grève de la faim en 1972 à la mise en place d’une réforme à la prison genevoise de Champ-Dollon après l’émeute de 1979.