La lente mise en place des délégués mineurs à la sécurité
La lente mise en place des délégués mineurs à la sécurité. Histoire sociale d’un intermédiaire dans le monde du travail minier (1890-Première Guerre mondiale) – Jeanne Deville
Le 8 juillet 1890, une nouvelle législation met en place dans les mines françaises la fonction de délégués mineurs à la sécurité. Ceux-ci, longuement réclamés par les mineurs, sont des ouvriers, élus par leurs pairs, chargés de surveiller la sécurité des chantiers. Ce qui se présente à première vue comme une grande avancée pour l’histoire ouvrière, venant satisfaire des revendications anciennes, est en réalité à nuancer. Cet article se base sur l’étude de sources encore largement inexploitées. Celles-ci permettent de mettre en lumière un paradoxe : si les délégués sont réclamés depuis le milieu du xixe siècle, les mineurs s’en saisissent peu entre 1890 et la Première Guerre mondiale. En effet, le rôle de délégué est ambigu et précaire, puisqu’ils doivent ménager des intérêts parfois contradictoires, et leur position est celle d’intermédiaires, entre la compagnie et les ouvriers, entre subordination et indépendance, contribuant à nuancer leur rôle dans la prise en charge de la sécurité au travail.