L’exode des enfants de grévistes et la solidarité de la « grande famille ouvrière » dans les années 1900
L’exode des enfants de grévistes et la solidarité de la « grande famille ouvrière » dans les années 1900 – Célia Keren
Dans les années 1906-1907 se diffuse en Belgique puis en France une nouvelle forme d’entraide en temps de grève : l’exode des enfants, qui consiste à placer les enfants des grévistes dans des familles ouvrières de la région ou du pays. En étudiant cette pratique, cet article propose une relecture des grèves à la lumière de l’histoire de l’enfance. Il montre que, pour les organisations ouvrières, les grèves n’engagent pas que des travailleurs en lutte avec leurs patrons sur les lieux du travail ; elles impliquent les familles, les enfants et des communautés tout entières. En faisant circuler les enfants, les syndicats espèrent unir par des liens d’affection quasi familiale une classe sociale encore très dispersée, et instaurer une discipline syndicale au sein même des familles, jusque dans le cœur des mères. Finalement, ces exodes produisent parfois des liens durables. Mais tous les ouvriers, et tous les enfants, n’occupent pas la même place dans la « grande famille ouvrière ».