« Mieux vaudrait après tout se perdre avec Lénine que se sauver avec Albert Thomas ». Construire une voie révolutionnaire face au socialisme réformiste (1917-1924)

Par Adeline Blaszkiewicz
La naissance de la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) résulte notamment de la condamnation de l’attitude d’une partie des socialistes pendant la Première Guerre mondiale. Ce discours, qui se construit au sein de la minorité de guerre, perdure et se reconfigure jusqu’à constituer l’une des matrices idéologiques de la SFIC naissante. Albert Thomas fait figure de personnalité honnie dans le discours communiste en cours de structuration dans la période consécutive à la révolution russe : il est le chef de file des réformistes de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), entré au gouvernement d’Union sacrée en 1915 au poste stratégique et symbolique de ministre de l’Armement, puis à partir de 1919 directeur du Bureau international du travail, considéré comme « l’agence réformiste de l’impérialisme mondial » par les dirigeants de la IIIe Internationale. L’article, fondé sur les articles de L’Humanité, la littérature grise des premiers temps du communisme et les archives personnelles d’Albert Thomas, explore l’opposition entre ces deux « frères ennemis » du socialisme mondial. La SFIC se constitue dans un cadre politique national et international hostile qui entraîne une radicalisation des discours, mais qui n’empêche pas le maintien de dialogues et d’observations mutuelles. Cette matrice idéologique se mue soit en une force mobilisatrice au cœur de la concurrence militante – partisane et syndicale –, soit en une forme de codépendance idéologique nécessaire à chaque courant pour construire sa légitimité politique.
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