Les mots des résistants. Essai lexicographique

Lectures de Pierre Laborie
Par François Marcot
Sous l’Occupation la presse clandestine se donne pour mission de « rendre l’identité des mots et des choses » (Combat, décembre 1942). Le corpus de 169 tracts et journaux clandestins diffusés en Franche-Comté entre 1940 et 1944, s’il emprunte aux grands organes nationaux, traite plus directement des relations entre la Résistance et la population. L’utilisation des techniques de la lexicologie permet ainsi de saisir comment varie le processus d’autodésignation : la Résistance pour les tracts et journaux des Mouvements (Combat, MUR, Libération-Nord, Lorraine, Défense de la France), la France pour ceux des communistes de la mouvance communiste (PCF, Front national, CGT, comités divers…), qui n’emploient presque jamais le terme de Résistance. De même pour la désignation de leurs lecteurs : la population dans son ensemble du côté des Mouvements, des catégories très particulières (femmes, jeunes ouvriers, paysans…) du côté des communistes. Les tracts clandestins des uns et des autres n’ont donc pas la même fonction : ceux des Mouvements informent, ceux des communistes veulent mobiliser. Leur analyse révèle des différences de cultures et de stratégies – proclamées ou masquées – qui évoluent avec le temps.
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