Les joueurs de football sont-ils des esclaves ? Conditions d’emploi dans le milieu du football professionnel en Angleterre et au Pays de Galles (1945-1961)

Conditions d’emploi des sportifs
Par Matthew Taylor
Français

Les représentations populaires des conditions d’emploi des footballeurs professionnels en Angleterre avant les années 1970 sont habituellement résumées par une série de phrases interchangeables : « esclaves », « serfs », « domestiques » et « travailleurs contraints ». Les lectures nostalgiques ou misérabilistes, opposant souvent l’ancien système du salaire maximal et de la retenue-et-transfert à la relative liberté des ouvriers « normaux » de l’industrie, et du football après 1961, surtout après l’arrêt Bosman, se sont rarement fondées sur des analyses scientifiques précises.
Consacré aux quatre décennies qui précèdent l’abolition du salaire maximal en 1961, cet article s’appuie sur les archives de la Ligue de football, des clubs, du syndicat des joueurs professionnels et celles du ministère du Travail, pour montrer que les conditions d’emploi des footballeurs étaient plus complexes et que le traitement des employés était plus varié qu’on ne l’admet en général. En regardant au-delà de la relation directe club-joueur et en reconnaissant que le marché de l’emploi du football et ses conditions d’emploi étaient en réalité le résultat d’un ensemble d’interactions entre l’association patronale, la fédération nationale, l’employeur, le syndicat et la main-d’œuvre du « vestiaire », il cherche à proposer de nouvelles interprétations de la façon dont les joueurs de football était réellement traités « sur le terrain ». Dans le pire des cas, on pouvait assimiler les conditions d’emploi des joueurs à de l’« esclavage » et à du « féodalisme » ; mais les réglementations, restrictives sur le papier, étaient souvent interprétées de façon telle qu’elles permettaient, en pratique, des libertés et des récompenses plus grandes.

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