Yves Santamaria, L’enfant du malheur. Le Parti communiste français dans la lutte pour la paix (1914-1947)

Santamaria (Yves), L’enfant du malheur. Le Parti communiste français dans la lutte pour la paix (1914-1947). Paris, Seli Arslan, 2002, 315 pages. « Histoire, cultures et sociétés ».

par Jacques Girault  Du même auteur

Yves Santamaria avait soutenu une thèse d’histoire sur le sujet, en 1991, limitée aux années 1930, sous la direction d’Annie Kriegel. Il élargit la chronologie, part comme dans sa thèse de la place de la question paix-guerre dans les conceptions de Marx et Engels, ajoute, ce qui n’était qu’esquissé, mais demeure encore insuffisant, une approche jusqu’au début de la guerre froide. Six ensembles chronologiques, une abondante bibliographie précèdent un précieux index qui ne prend pas en compte les abondantes notes.

La ligne politique ondoyante du Parti communiste français apparaît comme un « bricolage » entre des options irréductibles, s’alignant constamment sur la politique de l’Union soviétique. Des conceptions héritées du marxisme sont bouleversées par la « militarisation du mouvement ouvrier » imposée par les bolcheviks qui introduisent un examen manichéen de la nature des guerres, toile de fond du « louvoiement » dans l’analyse des impérialismes. Après l’expérience du conflit mondial et de la « culture de guerre », matrice de nombreuses adhésions au communisme, l’hostilité aux pacifismes doit se concilier avec la défense de l’Union soviétique. Notons que baptiser « coexistence pacifique », comme le fait Santamaria, la ligne communiste du début des années 1920 risque de créer des confusions.

Dans les années 1930, la redécouverte du sentiment national, sa conciliation avec la « patrie socialiste » (Lénine, 1918), les errements de l’Internationale en 1930-1940 préparent les communistes français à la responsabilité du pouvoir à la Libération. La reprise du néologisme « défensiste », chers à certains historiens à propos de l’attitude de la majorité socialiste S.F.I.O. choisissant la continuation de l’Union sacrée, vingt ans plus tôt, pour caractériser le tournant de la politique communiste en 1935, peut nuire à une compréhension de cette ligne inédite.

En forçant un peu le trait, l’auteur démontre que le concept de la « lutte pour la paix » qui traverse l’histoire du communisme français serait une voie moyenne destinée à séduire plus qu’à convaincre. Il ne ferait pas partie de la dimension téléologique mais serait adaptation aux caractères sociétaux français. Né de la guerre, le communisme français doit tenir compte de la force des courants pacifistes qui imprègnent la société française et doit se conduire comme un élément d’une stratégie mondiale du communisme, menacée à tout moment, d’où la recherche d’alliances, notamment dans l’association de la lutte contre le fascisme et de la lutte pour la paix. La France constitue alors un terrain privilégié pour l’Internationale, sans doute le seul espace disponible.

Dans une démonstration cohérente et convaincante, l’auteur multiplie les sources, les croise, n’hésite pas à porter des jugements et livre avec sérieux des facettes successives d’une ligne aux nombreuses circonvolutions. Tout ce qu’il apporte a été longuement mûri et pourrait servir de référence. Ce qui ne signifie pas que nous ayons l’ouvrage définitif. Car il s’agit d’une ligne politique d’ensemble que les militants peuvent comprendre et transmettre de façon plus ou moins incomplète, au risque de se tromper, d’être bannis ou d’être instrumentalisés.



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