Sylvie TISSOT. Des bons voisins. Enquête dans un quartier de la bourgeoisie progressiste.

Paris, Raisons d’Agir, 2011, 316 pages. «Cours et Travaux».

par João Pedro Nunes  Du même auteur

De bons voisinsSylvie Tissot. De bons voisins: enquête dans un quartier de la bourgeoisie progressiste Paris,Raisons d'agir, 2011,313 p. 

Comment s’organisent les formes et les expériences de la diversité sociale dans un quartier nord-américain à dominante bourgeoise ? Pour répondre à cette question, Sylvie Tissot reconstitue d’abord l’histoire du quartier, le South End à Boston, et son processus d’embourgeoisement. Le cours historique du quartier est analysé au fil des recompositions sociales et de ses effets dans la durée, à travers les rapports à l’espace – patrimonialisation, cités d’habitat social, par exemple – établis par les différentes catégories de résidents. De ce point de vue, l’étude de l’univers associatif, dense et varié, révèle combien les associations et leurs membres sont des agents urbains dont l’action dépasse la défense de valeurs patrimoniales. Ces agents participent activement à l’économie politique du quartier et de la ville, contribuant ainsi à la création de formes de gestion de la diversité – y compris dans les tensions et les conflits entre des catégories aux intérêts divergents. Articulé à l’approche historique, la dimension contemporaine de la question est fondée sur une riche enquête ethnographique qui rend compte des stratégies et des conduites de la bourgeoise progressiste par rapport aux «hémisphères» public et privé, politique et biographique, matériel et symbolique. Ici, l’approche s’apparente à la méthode consistant à rendre le familier étrange et l’étrange familier ainsi qu’aux travaux de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot sur les rapports entre les quartiers et les univers sociaux bourgeois.

Face aux travaux sur la gentrification, le cas de la bourgeoisie progressiste du South End est construite et exploré de façon innovante et approfondie car Sylvie Tissot centre son analyse sur les stratégies des résidents aisés et engagés, notamment en face des contraintes inhérentes à la coexistence avec la diversité. Ainsi, au long de l’ouvrage, la diversité en tant que valeur du groupe et en tant que propriété ou attribut du quartier est déconstruite pour être analysée comme un objet de gestion de la bourgeoisie, voire d’usages significatifs et stratégiques du point de vue économique, social et symbolique. Cette démarche permet à l’auteure de révéler les modes de production des frontières et des distances sociales au sein du quartier. Sylvie Tissot resitue la tension classique entre proximité physique et distance sociale, condition de l’exercice de la domination et trait structurel à partir du quel se comprend et s’interprète l’émergence de certaines propriétés sociales et urbaines du quartier. Elle donne comme exemple le ton du quartier, les manifestations publiques de la sociabilité légitime, la gestion des espaces publics et du devenir des espaces résidentiels, l’affirmation gayfriendly ou les expressions ambiguës du goût de certains résidents bourgeois – bref, des éléments qui soutiennent la vision bourgeoise et progressiste de la diversité. Des bons voisins. Enquête dans un quartier de la bourgeoisie progressiste offre donc une solide et féconde contribution aux questions contemporaines de la coexistence sociale et urbaine.

João Pedro NUNES.



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