Simone Neri Serneri, Memorie di una generazione. Piero Boni dalle « Brigate Matteotti » alla CGIL (1943-1977)

Neri Serneri (Simone), a cura di, Memorie di una generazione. Piero Boni dalle « Brigate Matteotti » alla CGIL (1943-1977). Manduria, Piero Lacaita, 2001, 300 pages.

par Éric Vial  Du même auteur

Hommage des fondations G. Brodolini, qu’il a dirigée, et F. Turati, ce volume se compose d’une présentation d’une vingtaine de pages, dues à la coordinatrice, retraçant la carrière d’un des principaux responsables socialistes de la CGIL italienne, puis de plus de quarante pages d’interview et de plus de deux cents pages d’articles et d’interventions présentant dix-neuf textes datés de 1848 à 1977 et trois commémorations. On suit ainsi l’itinéraire d’un jeune homme, intéressé par les fascistes réputés frondeurs comme Bottai, puis résistant, frustré par sa relative inaction à Rome, envoyé à sa demande dans le Nord occupé, puis s’occupant au PSI de ses anciens compagnons d’armes avant de choisir une carrière syndicale dans une CGIL d’abord unitaire, puis dominée par le PCI après la scission de 1948. À la direction centrale, au secrétariat syndical de son parti, de nouveau dans l’appareil syndical, en 1952 à la tête de la fédération de la Chimie en tandem avec Luciano Lama, il contribue au tournant de 1955 vers les problèmes concrets dans les entreprises et la négociation triennale de contrats par branche (sans préjudice de revendications intermédiaires ou locales), ce qui, avec une certaine détente internationale, a permis d’esquisser un rapprochement entre syndicats, une autonomie face aux partis, peut-être une plus grande démocratie interne, bref une « laïcisation », avec l’acceptation du Marché commun ou, de facto sinon officiellement, de la planification indicative souhaitée par les gouvernements à participation socialiste d’après 1962. Tout ceci débouche à moyen terme, en 1969, sur l’incompatibilité entre fonctions syndicales et politiques, ou en 1975 sur le départ de la Fédération syndicale mondiale, dominée par l’URSS. Le tout en menant des combats fort durs, en particulier à Noël 1960, avec de nouvelles modalités de grève destinées à faire perdre le moins de salaire possible, en vivant autour de 1962 le passage d’une structure hiérarchisée traditionnelle à des mouvements beaucoup plus spontanés, animés en particulier par les jeunes méridionaux émigrés au Nord. Et en refusant toute rupture avec la majorité de l’organisation, en considérant a posteriori les changements des années soixante comme préparant l’automne chaud de 1969 et comme permettant aux syndicats d’en devenir les principaux protagonistes, porteurs de revendications globales, au-delà des entreprises. L’échec de ce « pansyndicalisme », puis de la fédération CGIL-CISL-UIL, face à la méfiance des partis et à la crise économique, et la fin de la période de la négociation syndicale par branche que Boni entend incarner, se reflète dans sa démission forcée en 1978, sous la pression de Craxi devenu leader du PSI.

À travers le double récit de l’historienne et du protagoniste, on obtient une vision, sans doute unilatérale, mais des plus intéressantes, sur des épisodes fondamentaux dans l’histoire de l’Italie, les tensions accompagnant l’apogée du miracle économique, les gouvernements de centre-gauche, l’automne chaud et ses suites. Par ailleurs, l’interview et les documents produits, s’ils ne sauraient dispenser d’un recours à d’autres sources, offrent des pistes intéressantes, y compris involontairement, quand, à travers la langue de bois des rapports, s’esquissent les variations dans les relations avec la CISL, le syndicat catholique, ou quand l’interview laisse transparaître de solides mépris, la génération de la Résistance étant opposée à celle de 1968, les étudiants étant présentés – par un homme qui n’est pas d’origine ouvrière – comme fils à papa roulant en Ferrari. L’incompréhension entre générations se retrouve dans les documents officiels, sous une forme atténuée, quand en 1961 il est dit que les jeunes sont bien là dans les bagarres exceptionnelles, mais pas pour assurer la vie quotidienne du syndicat. Au total, le monument-hommage n’est pas tout à fait univoque, du fait même de celui auquel il est dédié, et ce n’est pas le moindre de ses mérites. Sa nature même aurait pu l’éloigner de l’histoire, mais on voit qu’il est très largement possible de l’y ramener.



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