Silvia Bianciardi (dir.), Ugo Coccia e la generazione degli esuli, 2001

Bianciardi (Silvia), sous la direction de, Ugo Coccia e la generazione degli esuli. Manduria-Bari-Rome, Piero Lacaita, 2001, 292 pages.

par Éric Vial  Du même auteur

Même s’il se présente comme les actes d’un congrès tenu à Rieti en mars 1999, ce volume est essentiellement un recueil de sources. Et un pieux hommage à Ugo Coccia (1895-1932), militant socialiste. Exilé en France en 1926 où il est élu secrétaire du parti socialiste maximaliste, il s’investit dans sa reconstruction mais aussi dans le combat unitaire et fait partie de la majorité qui, en 1930, autour de Pietro Nenni, quitte le parti pour fusionner avec les réformistes adhérents à l’IOS. Il conserve la même charge dans le nouveau parti et meurt prématurément d’une maladie contractée durant la guerre.

Passés les discours introductifs, un peu plus que protocolaires avec l’historien Gaetano Arfè et le fils de Coccia, député lui-même, trois communications servent d’introduction aux documents. Maurizio Degl’Innocenti présente un tableau de l’antifascisme en exil, entre mise au point factuelle et polémique explicite, en particulier contre Renzo De Felice et l’idée de consensus autour du fascisme. Il avance des idées intéressantes sur les effets de l’exil des uns (et fort peu des autres) sur l’incompréhension entre laïcs et catholiques, demande une révision du poids relatif souvent attribué au PCI, insiste sur l’activisme du groupe de Carlo Rosselli, Giustizia e Libertà, mais relève les conséquences historiographiques de polémiques d’époque paresseusement reproduites. Comme pour les autres groupes, il rappelle l’itinéraire des socialistes dans l’émigration, et conteste le discours minimisant l’engagement des exilés pour la démocratie, comme celui qui minimise leur importance tout court. La deuxième communication est due à Santi Fedele. Intitulée « La condition de l’exilé », elle évoque l’activité et la vie quotidiennes, la pratique impliquée par la reconstitution d’un parti, les lieux de solidarité (coopératives de travail, « popote », hôtels regroupant les proscrits), les problèmes d’argent, la solidarité relative, mais réelle, des camarades français et de la Ligue des Droits de l’Homme. On y trouve aussi les difficultés suscitées par le régime ou ses générosités calculées comme la remise d’un passeport à l’épouse restée en Italie en espérant que sa présence détournera le mari du militantisme. Avec la troisième communication, Mauro Ferri suit Ugo Coccia lui-même. Il insiste sur sa volonté unitaire, réduite, suite aux rebuffades infligées par le PCI, à l’antifascisme non communiste, ainsi que sur une pratique mêlant discipline d’action et liberté des débats, sur les raisons des responsabilités confiées à un militant susceptible d’attirer un maximum d’anciens maximalistes et qui n’a pas participé aux polémiques accompagnant les scissions antérieures, sur le souci d’action qui mène à un rapprochement avec Giustizia e Libertà, mais aussi sur la volonté de ne pas faire de l’exil un principe, et l’espoir de rentrer lutter en Italie, pour peu que le régime concède quelques espaces de liberté – on sait que ce ne fut pas le cas. Ce portrait pourra décevoir sur un point, promis par le titre. Certes, il est fait mention de générations, entre celles supposées liées aux différentes années d’arrivée en exil, l’aspect générationnel de l’engagement au parti communiste ou à Giustizia e Libertà, et la rencontre de générations différentes au sein du PSI issu de la fusion de 1930. Cela reste tout de même mince.

Il est vrai que l’on n’a affaire qu’à des mises au point et introduction, avant ce qui constitue l’essentiel du volume, aux pages 97 à 289, un ensemble de photographies, de rapports de police, des lettres de Coccia et de Nenni, des articles de Coccia, et ceux publiés au moment de sa mort. On y retrouve les thèmes antérieurement évoqués, et si s’ajoutent l’attitude de socialistes face à la guerre, la volonté de croire ou de faire croire à une intense activité en Italie, soutenue par des envois clandestins des journaux de l’exil, mais aussi des exemples d’erreurs et de routine policière, ou d’analyse politique fondée sur une erreur sur un nom de revue, et quelque monomanie, qui font attribuer à des mazziniens de gauche la volonté de gêner l’unité socialiste… Les documents bruts ne sont pas tous à l’avantage de Coccia (le volume est un hommage, mais sans hagiographie) : si l’on découvre sa lucidité quant à la durée de l’exil, il faut parfois nuancer l’adhésion à la démocratie « dans la signification historique du mot », et on bute soudain sur une métaphore antisémite, ou plutôt antijudaïque, venue sans doute d’une culture cléricale influençant jusqu’à un militant fort laïc.

Au total, ce portrait d’un militant répare l’oubli qui frappe souvent ceux qui sont morts avant le retour d’exil, et c’est son côté œuvre pie, mais il offre surtout un aperçu de la vie en exil d’un responsable. Si le volume apprend peu de choses au spécialiste, il intéressera ceux qui, sur tel ou tel point, voudraient un éclairage italien, mis en contexte, et fondé sur des sources immédiatement disponibles, ce qui est assez rare pour être le bienvenu.



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