Saskia Sassen, Guests and Aliens, 1999

Sassen (Saskia), Guests and Aliens. New York, The New Press, 1999, 202 pages.

par Philippe Rygiel  Du même auteur

L’ouvrage que consacre Saskia Sassen, sociologue américaine spécialiste des processus de globalisation – nous dirions mondialisation –, aux migrants de l’Europe des deux derniers siècles est à la fois un manuel et un essai. Du manuel il a le souci d’une périodisation rigoureuse et de l’exhaustivité dans le cadre d’une Europe étendue, qui intègre l’Europe orientale. De l’essai il tire à la fois le souci de mobiliser les connaissances historiques au service d’une réflexion qui débouche sur des propositions politiques et celui de défendre quelques idées fortes constamment reprises. Celles-ci s’organisent autour de l’affirmation selon laquelle les migrations sont depuis au moins deux siècles des phénomènes à la fois permanents et structurels, dont les caractéristiques sont fonction de l’organisation économique et politique de l’Europe et en particulier des pays d’arrivée. Il en découle, selon l’auteur, la nécessité et la possibilité de politiques de l’immigration qui ne soient pas l’organisation de redoutes toujours plus dissuasives.

Le spécialiste pourra bien sûr toujours trouver que certains passages sont un peu rapides, ou pointer quelques trous dans la bibliographie, mais c’est à vrai dire inévitable quand on tente d’embrasser tant de choses en 160 pages de texte. De même, le lecteur familier du domaine pourra trouver que plusieurs thèses, vivement défendues par l’auteur, sont depuis longtemps établies et acceptées par la communauté scientifique, ainsi du caractère structurel des migrations, ou de leur ancienneté dans le cadre européen, qu’exposent déjà fort bien les deux autres synthèses dont nous disposons sur le sujet, celle de Klaus J. Bade et celle de Leslie Page Moch. Enfin, surtout peut-être, certains des argumentaires proposés par l’auteur apparaissent discutables. Elle tire ainsi de l’étude du dix-neuvième siècle l’idée, exacte, que les migrations de travail sont bornées dans le temps et l’espace, et mettent en branle un nombre fini d’individus, même en l’absence de véritable contrôle des frontières par les États de destination. En déduire qu’un relâchement des contrôles exercés par les états contemporains ne se traduirait pas par un afflux massif d’immigrants paraît discutable à l’historien. Il n’y a pas que les politiques d’immigration qui ait changé entre 1914 et aujourd’hui, et tant la diminution du coût des transports, que la dilatation des zones de provenances, ou l’accessibilité accrue de l’information relative aux opportunités disponibles, sont susceptibles d’avoir des effets, dont il semble bien difficile de mesurer l’ampleur. En somme la question nous apparaît indécidable. Il reste que l’ouvrage, qui s’appuie sur une bibliographie vaste et maîtrisée à l’échelle de l’Europe est utile. Le décentrement du regard qu’impose le choix de l’échelle européenne et une appréhension de l’extérieur de cette histoire contraint à repenser les spécificités éventuelles d’histoires des migrations qui se sont souvent construites dans un cadre national et dont les tenants ont sans doute été parfois un peu prompts à conclure à l’existence d’exceptions.


Auteur d'ouvrage recensé

Thème

Période

Pays