Rosemonde Sanson, L’Alliance républicaine démocratique. Une formation de centre (1901-1920), 2003

Sanson (Rosemonde), L’Alliance républicaine démocratique. Une formation de centre (1901-1920). Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003, 562 pages. « Carnot ».

Reprenant l’essentiel d’une thèse de doctorat d’État, soutenue à l’Université Paris I en octobre 2000, cet ouvrage apporte un éclairage décisif sur l’histoire des forces politiques gouvernementales au temps de la « République radicale ». Fondée le 23 octobre 1901, soit quelques mois seulement après le Parti radical, l’Alliance républicaine démocratique (ARD) cherche à regrouper ceux qui, parmi les républicains de gouvernement, ont refusé de basculer dans le camp antidreyfusard et de voisiner avec la droite nationaliste ou ralliée et soutiennent le ministère constitué en 1899 par Waldeck-Rousseau. Les « alliancistes » entendent former un « grand parti réformateur » et défendent une République libérale, laïque, ouverte au progrès social et soucieuse des intérêts de la patrie. Ils peuvent donc être bien considérés comme des « républicains de gauche » – c’est l’étiquette qu’ils arborent le plus volontiers –, même si l’évolution politique tend à les rejeter progressivement vers le centre. Leur hostilité au socialisme les éloigne peu à peu d’une partie des radicaux, sensibles à la pression de leur aile gauche. Ils constituent d’ailleurs le principal soutien des ministères Briand, Poincaré et Barthou qui, entre 1909 et 1913, représentent une alternative aux cabinets radicaux. En 1913, les élections de Poincaré à la présidence de la République et de Deschanel à la présidence de la Chambre symbolisent bien l’apogée d’une formation qui compte alors 125 députés, répartis dans 5 groupes parlementaires. L’ARD est moins heureuse lors des élections législatives de 1914, qui ouvrent « l’ère des tempêtes » et marquent son éloignement du pouvoir. Le succès du Bloc national républicain, qui, dans le département de la Seine, est en grande partie son œuvre (et celle de son président, Adolphe Carnot), suscite de nouveaux espoirs, qui justifient en 1920 sa transformation en Parti républicain démocratique et social.

S’appuyant sur une documentation dispersée mais d’une grande richesse (archives nationales et départementales, archives de la préfecture de police, fonds et papiers privés, périodiques nationaux et locaux…), Rosemonde Sanson présente, de façon quasi exhaustive, la vie de l’ARD, qu’elle met en relation avec un contexte changeant. Après la préhistoire du mouvement, qu’elle fait remonter aux premiers essais d’organisation politique de la « nébuleuse modérée » à la fin des années 1880, elle distingue ainsi trois périodes : la première est marquée par l’intégration dans le Bloc des gauches (1901-1906), la seconde par une volonté de recentrage (1907-1911), la troisième par l’idée de « concentration nationale » (1911-1920). L’ouvrage fait la part belle à l’étude des programmes, des péripéties électorales et des débats stratégiques, même s’il est un peu rapide sur les relations de l’ARD avec les partis de droite, notamment avec les nationalistes parisiens qu’elle intègre partiellement à partir de 1912. Rompue à la méthode prosopographique, Rosemonde Sanson est également attentive au parcours et à l’action des alliancistes, à Paris comme en province. Elle examine la forme prise par cette structure politique, constituée par des notables et qui s’apparente d’abord à un réseau de comités locaux et de journaux : s’agit-il d’une fédération, d’une association ou d’un véritable parti politique ? À l’aide d’exemples provinciaux (celui de la Fédération girondine notamment), elle s’attache à montrer comment le modèle organisationnel, défini nationalement par le secrétaire général de l’ARD Pallu de la Barrière, est diversement reçu par les cadres locaux. Cette approche par en bas lui permet de battre en brèche les clichés relatifs aux partis modérés : l’ARD est, dit-elle, « parvenue à s’enraciner dans de nombreux départements […]. Le parti n’est donc pas un état-major sans troupes » (p. 293), même si l’état lacunaire de la documentation ne permet pas d’évaluer son effectif, ni de risquer une analyse sociologique développée : l’auteur confirme les liens tissés entre l’ARD et les milieux d’affaires et souligne le rôle joué par les agrariens. Il est toutefois dommage que les modalités d’implantation des cadres locaux du parti n’aient pas fait l’objet de développements plus amples. L’étude de l’engagement associatif de nombreux « alliancistes » de province et l’analyse de leurs relations avec les pouvoirs locaux auraient permis de définir plus précisément l’ancrage social d’une telle formation politique.

La lecture de cet ouvrage, qui fourmille de cartes, de tableaux et d’annexes, s’impose à tous ceux qui s’intéressent à cette période et à l’histoire des partis modérés. En faisant référence à l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing puis à celle de François Bayrou, Rosemonde Sanson montre qu’au cours de ses vingt premières années d’existence, l’ARD a été confrontée aux problèmes et débats qui se poseront aux partis du centre tout au long du XXe siècle. On ne peut d’ailleurs que souhaiter qu’une suite soit donnée à cet ouvrage afin de couvrir l’ensemble de l’évolution de cette « formation de centre ».



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