Rang-Ri PARK-BARJOT, Samsung. L’œuvre d’un entrepreneur hors pair : Byung Chull Lee.

Paris, Economica, 2008, 266 p.

par Michel Hau  Du même auteur

SamsungRang-Ri Park-Barjot. Samsung: l'œuvre d'un entrepreneur hors pair Byung Chull Lee Paris,Economica, 2008,272 p. 

Vingtième groupe mondial, employant 254 000 salariés dans le monde
entier, Samsung, la «firme aux trois étoiles », est bien connue
aujourd’hui pour ses téléphones portables et ses téléviseurs. On sait
moins qu’elle a débuté fort modestement, en 1938, par une petite
entreprise de décorticage du riz. Rang-Ri Park-Barjot dévoile les étapes
du développement de ce grand chaebol (conglomérat) coréen. Après la
guerre de Corée, Samsung a commencé à se diversifier dans la production
de sucre, la fabrication de textiles et la banque, puis les assurances,
la production d’engrais chimiques, la presse, la radio, la télévision et
l’immobilier. Le début des années 1970 voit s’amplifier ce mouvement de
diversification de Samsung avec la pétrochimie, la construction navale,
les industries de la défense, l’hôtellerie, les grands magasins, et,
surtout, l’électronique. La division électronique de Samsung, créée en
1969, s’impose rapidement sur les marchés mondiaux de l’électronique
grand public, des semi-conducteurs et des télécommunications. Dès les
années 1990, Samsung est en mesure de disputer aux grands constructeurs
japonais, Hitachi et Toshiba, le leadership dans le domaine des circuits
intégrés. La division électronique est aujourd’hui le principal centre de
profits de tout le groupe, auquel elle donne le moyen d’étendre son
leadership technologique dans un nombre croissant de domaines. À
l’électronique sont venus encore s’ajouter l’équipement médical, les
biotechnologies, les nouveaux matériaux, l’aviation et la robotique.

En Europe et en Amérique du Nord, les grandes firmes bradent en toute
hâte de multiples activités devenues déficitaires et se recentrent sur
une gamme toujours plus étroite de métiers. Cette redistribution des
cartes entre les anciens et les nouveaux pays industriels dépasse par son
ampleur toutes les prévisions, même les plus récentes. La diversification
de Samsung est d’autant plus remarquable qu’elle s’effectue
essentiellement par croissance interne du groupe, sans recourir au rachat
d’entreprises existantes. L’ascension de la firme est liée au miracle
économique coréen : celui-ci se fonde sur la lourdeur des horaires de
travail, la faiblesse de la pression fiscale sur les entreprises et,
surtout, le niveau d’éducation exceptionnellement élevé de la population
coréenne. Génération après génération, la jeunesse coréenne,
intégralement scolarisée dans un enseignement secondaire de haut niveau
scientifique et dont 30% des effectifs obtiennent ensuite un diplôme
d’enseignement supérieur, apparaît comme un réservoir inépuisable de
compétences scientifiques et techniques.

L’accroissement du chiffre d’affaires n’a pas reposé seulement, comme on
pourrait le croire, sur l’exportation, mais encore sur la réponse aux
besoins d’une société coréenne parvenue en un temps record à la
consommation de masse. L’analyse des bilans de Samsung par Rang-Ri
Park-Barjot révèle que les capitaux propres sont en permanence très
inférieurs aux immobilisations. Malgré un taux de marge élevé et une
priorité donnée, dans l’affectation du bénéfice, à l’autofinancement, le
groupe doit, pour soutenir une croissance rapide recourir à l’endettement
à long terme sous forme d’émission d’obligations. La gestion,
d’inspiration néo-confucianiste, met l’accent sur la recherche du
consensus dans le cadre de l’entreprise. La direction donne la priorité à
l’accumulation et à l’amélioration des ressources humaines, qu’elle
perçoit comme la richesse essentielle de l’entreprise. Les relations
sociales se caractérisent par un jeu complexe et tacite d’obligations
réciproques. En échange de la sécurité que leur apporte leur appartenance
au groupe, les salariés font preuve de loyauté envers celui-ci. Quand
Byung Chull Lee meurt, en 1987, c’est l’un de ses fils, Kun Hee Lee, qui
est désigné par l’assemblée générale des actionnaires pour prendre la
relève. Deux générations d’entrepreneurs familiaux auront ainsi présidé
aux destinées de ce géant du capitalisme mondial, amorce, peut-être d’une
nouvelle dynastie industrielle. L’ouvrage de Rang-Ri Park Barjot nous
permet désormais d’en savoir beaucoup plus sur l’histoire d’une grande
firme qui était jusque-là mal connue du public français. Surtout, il
révèle l’un des grands facteurs du développement accéléré que connaît
aujourd’hui l’Extrême­ Orient : l’éthique confucéenne est au cœur du
capitalisme coréen comme du capitalisme chinois et du capitalisme
japonais. Les relations sociales sont fortement imprégnées de cette
doctrine qui incite l’individu à se perfectionner lui-même et à
rechercher l’harmonie dans ses relations au sein de son groupe. Elle
donne ainsi la part qui leur revient à des facteurs qui n’appartiennent
pas au domaine de la science économique stricto sensu,
mais qui n’en jouent pas moins un rôle essentiel dans le fonctionnement
des entreprises.

Michel HAU.



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