Noëlline Castagniez, Laurent Jalabert, Marc Lazar, Gilles Morin et Jean-François Sirinelli, dir., Le Parti socialiste unifié. Histoire et postérité.

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, 329 p.

par Gerd-Rainer Horn  Du même auteur

Après Le PSU vu d’en bas (Rennes, PUR, 2009) et Au cœur des luttes des années soixante. Les étudiants du PSU (Paris, Publisud, 2010), il y a désormais un troisième livre autour du phénomène du Parti socialiste unifié. Les deux premiers se concentraient sur des aspects plutôt spécifiques (l’enracinement local et régional, le monde universitaire), le dernier est une collection d’études très complète. Le PSU, courant méconnu, est donc devenu un sujet de travaux approfondis.

PSUCe volume couvre la haute politique, les interactions du PSU avec toute une gamme de mouvements sociaux contemporains et la vie du parti à la base. Le livre est organisé en quatre sections qui suivent la chronologie de l’évolution de la société française et du parti en plaçant en son centre 1968 comme année charnière. La première moitié du livre s’intéresse assez fréquemment aux relations avec la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) et aux enjeux électoraux ; les deux dernières parties s’intéressent plutôt au rôle du PSU dans les contestations politiques et sociales des années 68.

Quelles conclusions émergent de la lecture de ces chapitres, toujours bien développés et documentés ? Du début à la fin de l’« expérience PSU », la sociologie des membres du parti était orientée vers l’avenir plutôt que vers le passé. Les cols blancs, cadres et étudiants sont sur-représentés, tandis que le nombre d’ouvriers reste assez bas. Néanmoins, comme le remarque Vincent Porhel pour la période post-1968, « la composante ouvrière, du moins jusqu’en 1974, est loin d’être anecdotique » (p. 213), même si les « militants usiniers du PSU sont des techniciens ou des ingénieurs » (p. 214) plutôt que des cols bleus traditionnels. Et, comme le souligne Yannick Drouet, même après 1974 le PSU restait attractif pour les vagues d’adhérents qui « appartiennent massivement aux professions intermédiaires et aux professions intellectuelles supérieures avec beaucoup d’enseignants (ce qui n’est pas nouveau) et de travailleurs du secteur social et culturel (éducateurs, animateurs, salariés du secteur hospitalier) » (p. 309).

Si, au début de « l’effet PSU », le parti profitait entre autres de l’afflux des vétérans de l’entre-deux-guerres (blumistes, pivertistes), la vague d’adhésions autour de 1968 « rajeunit aussi le parti, dont un tiers des adhérents a désormais moins de trente ans » (p. 181). Parallèlement à ce renouveau générationnel, le PSU subissait une évolution politique et culturelle assez marquée, marquée par « un impressionnant processus de radicalisation idéologique » (p.187). Ce ne sont plus les partis socialiste et communiste vers lesquels les militants du PSU s’orientent mais, au moins pour quelques années, le milieu gauchiste. Même si, au début de cette période « maximaliste », c’est plutôt le milieu trotskiste qui se montre prête à entamer des projets coopératifs, , après cette interlude des sympathies pour la politique de l’extrême-gauche qui va de 1968 à 1972, l’aile gauche du PSU continue à afficher un penchant pour le maoïsme.

Contrairement aux grands partis de gauche (SFIO/Parti socialiste et Parti communiste français), le PSU était partie-prenante des mouvements sociaux. Comme Xavier Vigna souligne à propos des événements de mai-juin 1968, le PSU « fut à l’aise dans le mouvement, et parvint à en saisir l’esprit sans jamais prétendre en prendre véritablement la tête » (p. 171). Cette affinité pour le militantisme se traduisait par un engagement fort aux côtés des luttes écologistes, régionalistes, antimilitaristes et féministes, même si ces nouveaux mouvements sociaux étaient nés indépendamment et en dehors du PSU. Cette prise de position aux côtés des communautés en lutte connaissait pourtant certaines limites.

Jusqu’en 1967, le PSU pourrait être regardé comme la force motrice des mouvements sociaux. À partir de 1968, le PSU semble perdre sa capacité d’initiative. La solidarité avec la révolution algérienne ne peut pas être imaginée sans le rôle du PSU. Sur la question du Vietnam , « le PSU a dû se contenter d’être une force d’appoint et non d’entrainement » (p. 53) dans les mobilisations. Le PSU « perd son leadership au profit du PCF et des organisations gauchistes, principalement trotskistes, et son regain de dynamisme dans les années 1968 à 1974 est à chercher ailleurs, dans l’autogestion » (p. 60). Mais la rencontre avec l’autogestion, marquée en 1972, arrivait trop tard. La dérive gauchiste de 1968-1972 s’interposait et bloquait les possibilités autogestionnaires, précisément dans les années les plus prometteuses. Frank Georgi résume : « Quatre ans après 1968, la nouvelle configuration politique ne lui laisse qu’un espace restreint. La voie révolutionnaire s’est révélée sans issue, et le PS, qui se réclame avec modération de l’autogestion, domine sans partage le terrain électoral, attirant à lui une partie des responsables et des militants du PSU » (p. 252). « Le PSU garde, à l’évidence, un réel pouvoir d’attractivité militant jusqu’en 1984 » (p. 307) ; mais le jeu était déjà terminé dans les années suivant 1968.

Curieusement, aucun des vingt-quatre auteurs n’essaie de catégoriser le PSU dans le contexte de l’évolution globale des partis de gauche dans la deuxième moitié du XXe siècle. Roberto Colozza est le seul à jeter un coup d’œil au-delà de l’hexagone dans sa comparaison du PSU avec le PSIUP italien. Mais même lui, en dépit de sa référence au débat que l’auteur de ces lignes a déclenché autour du concept d’une « Nouvelle gauche méditerranéenne », ne prend pas parti dans ce débat. En fait, aucun des auteurs dans ce livre n’ose même suggérer clairement que le PSU était membre de la famille de la Nouvelle gauche. Bien sûr, il y a plusieurs mentions saillantes sur le fait que, déjà dans les années précédant 1968, le PSU avait aidé une nouvelle génération à « faire de la politique autrement ». Mais pourquoi hésite-t-on à déclarer franchement que le PSU était l’incarnation française de cette forte vague transnationale de la Nouvelle gauche ? S’il y avait déjà un grand nombre de similarités entre le PSU et la Nouvelle gauche de l’Europe du Nord-Ouest, les parallèles avec les homologues méditerranéens étaient encore plus frappants1. Après la publication de trois anthologies sur l’histoire du PSU dans la dernière demi-décennie, il est grand temps pour une synthèse analytique et comparatiste de l’organisation de la Nouvelle gauche méditerranéenne la plus connue à l’étranger, le PSU.

Gerd-Rainer Horn.


  1. Pour l’Espagne, Julio Antonio García Alcalá a fourni une première monographie approfondie sur la Nouvelle Gauche espagnole : Historia del Felipe (FLP, FOC y ESBA), Madrid, Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2001. Récemment, pour l’Italie, Aldo Agosti a publié Il partito provvisorio. Storia del Psiup nel lungo Sessantotto italiano, Rome, Laterza, 2013.


Auteur d'ouvrage recensé

Thème

Période

Pays