Noëlline Castagniez, Laurent Jalabert, Marc Lazar, Gilles Morin et Jean-François Sirinelli, dir., Le Parti socialiste unifié. Histoire et postérité.

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, 329 p.

par Gerd-Rainer Horn  Du même auteur

PSUAprès Le PSU vu d’en bas1et Au cœur des luttes des années soixante. Les étudiants du PSU2, il existe désormais un troisième livre autour du phénomène du Parti socialiste unifié. Les deux premiers se concentraient sur des aspects plutôt spécifiques (l’enracinement local et régional, le monde universitaire), le dernier est une collection d’études très complète. Le PSU, courant méconnu, est donc devenu un sujet de travaux approfondis.

Ce volume couvre la haute politique, les interactions du PSU avec toute une gamme de mouvements sociaux contemporains, et la vie du parti à la base. Le livre est organisé en quatre sections qui suivent la chronologie de l’évolution de la société française et du parti en plaçant en son centre 1968 comme année charnière. La première moitié du livre s’intéresse plus particulièrement aux relations avec la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) et aux enjeux électoraux ; les deux dernières parties se consacrent plutôt au rôle du PSU dans les contestations politiques et sociales des années 68.

Quelles conclusions émergent de la lecture de ces chapitres, toujours bien développés et documentés ? Du début à la fin de l’« expérience PSU », la sociologie des membres du parti est orientée vers l’avenir plutôt que vers le passé. Les cols blancs, cadres et étudiants sont surreprésentés, tandis que le nombre d’ouvriers reste assez faible. Néanmoins, comme le remarque Vincent Porhel pour la période post-1968, « la composante ouvrière, du moins jusqu’en 1974, est loin d’être anecdotique » (p. 213), même si les « militants usiniers du PSU sont des techniciens ou des ingénieurs » (p. 214) plutôt que des cols bleus traditionnels. Et, comme le souligne Yannick Drouet, même après 1974, le PSU reste attractif pour les vagues d’adhérents qui « appartiennent massivement aux professions intermédiaires et aux professions intellectuelles supérieures avec beaucoup d’enseignants (ce qui n’est pas nouveau) et de travailleurs du secteur social et culturel (éducateurs, animateurs, salariés du secteur hospitalier) » (p. 309).

Si, au début de « l’effet PSU », le parti profite entre autres de l’afflux des vétérans de l’entre-deux-guerres (blumistes, pivertistes), la vague d’adhésions autour de 1968 « rajeunit aussi le parti, dont un tiers des adhérents a désormais moins de trente ans » (p. 181). Parallèlement à ce renouveau générationnel, le PSU subit une évolution politique et culturelle assez sensible, marquée par « un impressionnant processus de radicalisation idéologique » (p. 187). Ce ne sont plus vers les partis socialiste et communiste que s’orientent les militants du PSU mais, au moins pour quelques années, vers le milieu gauchiste. Au début de cette période « maximaliste », c’est plutôt le milieu trotskiste qui se montre prêt à entamer des projets coopératifs. Après cet interlude marqué par des sympathies pour la politique de l’extrême gauche, qui dure de 1968 à 1972, l’aile gauche du PSU continue à afficher un penchant pour le maoïsme.

Contrairement aux grands partis de gauche (SFIO/Parti socialiste et Parti communiste français), le PSU a été partie prenante des mouvements sociaux. Comme Xavier Vigna le souligne à propos des événements de mai-juin 1968, le PSU « fut à l’aise dans le mouvement, et parvint à en saisir l’esprit sans jamais prétendre en prendre véritablement la tête » (p. 171). Cette affinité pour le militantisme se traduit par un engagement fort aux côtés des luttes écologistes, régionalistes, antimilitaristes et féministes, même si ces nouveaux mouvements sociaux sont nés indépendamment et en dehors du PSU. Cette prise de position aux côtés des communautés en lutte a connu pourtant certaines limites.

Jusqu’en 1967, le PSU pourrait être regardé comme la force motrice des mouvements sociaux. À partir de 1968, le PSU semble perdre sa capacité d’initiative. La solidarité avec la révolution algérienne ne peut pas être imaginée sans le rôle du PSU. Sur la question du Vietnam, « le PSU a dû se contenter d’être une force d’appoint et non d’entraînement » (p. 53) dans les mobilisations. Le PSU « perd son leadership au profit du PCF et des organisations gauchistes, principalement trotskistes, et son regain de dynamisme dans les années 1968 à 1974 est à chercher ailleurs, dans l’autogestion » (p. 60). Mais la rencontre avec l’autogestion, marquée en 1972, arrivait trop tard. La dérive gauchiste de 1968-1972 s’interposait et bloquait les possibilités autogestionnaires, précisément dans les années les plus prometteuses. Frank Georgi résume : « Quatre ans après 1968, la nouvelle configuration politique ne lui laisse qu’un espace restreint. La voie révolutionnaire s’est révélée sans issue, et le PS, qui se réclame avec modération de l’autogestion, domine sans partage le terrain électoral, attirant à lui une partie des responsables et des militants du PSU » (p. 252). « Le PSU garde, à l’évidence, un réel pouvoir d’attractivité militant jusqu’en 1984 » (p. 307) ; mais le jeu était déjà terminé dans les années suivant 1968.

Curieusement, aucun des vingt-quatre auteurs de cet ouvrage n’essaie de catégoriser le PSU dans le contexte de l’évolution globale des partis de gauche dans la seconde moitié du XXe siècle. Roberto Colozza est le seul à jeter un coup d’œil au-delà de l’hexagone dans sa comparaison du PSU avec le PSIUP italien. Mais même lui, en dépit de sa référence au débat que l’auteur de ces lignes a déclenché autour du concept d’une « Nouvelle gauche méditerranéenne », ne prend pas parti. En fait, aucun des auteurs de ce livre n’ose même suggérer clairement que le PSU était membre de la famille de la Nouvelle gauche. Bien sûr, il y a plusieurs mentions saillantes sur le fait que, dans les années précédant 1968 déjà, le PSU avait aidé une nouvelle génération à « faire de la politique autrement ». Mais pourquoi hésite-t-on à déclarer franchement que le PSU était l’incarnation française de cette forte vague transnationale de la Nouvelle gauche ? S’il existait un grand nombre de similarités entre le PSU et la Nouvelle gauche de l’Europe du Nord-Ouest, les parallèles avec les homologues méditerranéens étaient encore plus frappants3. Après la publication de trois anthologies sur l’histoire du PSU dans la dernière demi-décennie, il est grand temps de publier une synthèse analytique et comparatiste sur l’organisation de la Nouvelle gauche méditerranéenne la plus connue à l’étranger, le PSU.

Gerd-Rainer Horn


  1. T. Kernalegenn, F. Prigent, G. Richard et J. Sainclivier (dir.), Le PSU vu d’en bas. Réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 1950-années 1980), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.
  2. R. Barralis et J.-C. Gillet, Au cœur des luttes des années soixante. Les étudiants du PSU, Paris, Publisud, 2010.
  3. Pour l’Espagne, voir la première monographie approfondie sur la Nouvelle gauche espagnole : J. A. García Alcalá a fourni une Historia del Felipe (FLP, FOC y ESBA), Madrid, Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2001. Pour l’Italie, A. Agosti, Il partito provvisorio. Storia del Psiup nel lungo Sessantotto italiano, Rome, Laterza, 2013.


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