Michelle Zancarini-Fournel, Le moment 68. Une histoire contestée, 2008

Michelle Zancarini-Fournel, Le moment 68. Une histoire contestée. Paris, Le Seuil, 2008, 314 pages. « L’univers historique ».

par Patrick Fridenson  Du même auteur

Ce « moment 68 » n’a rien à voir avec « le moment Guizot ». Là où Pierre Rosanvallon cherchait à établir par une recherche d’archives et de sources imprimées la cohérence d’un temps fort de l’histoire et à penser le moment comme intermédiaire entre la longue durée, la période et l’événement, Michelle Zancarini-Fournel nous propose un livre assez classique d’historiographie et 68 y est inséré dans le cadre long de ce qu’un séminaire d’histoire de l’Institut d’histoire du temps présent a intitulé « les années 68 ».

Divisé, à la française, en trois parties, le livre dresse d’abord le panorama historique des remémorations, qui a abouti au thème de la « génération 68 », et celui des interprétations sociologiques et historiques. Il suggère le primat de l’interprétation « culturelle », mais une telle hypothèse pourrait être davantage débattue. Puis il analyse les deux types de sources mobilisables pour faire cette histoire : « des sources écrites officielles, ouvertes avec dérogation, des sources spécifiques, organisationnelles, militantes et individuelles ». Certes, conformément aux tendances actuelles de la recherche, une place marquée est accordée aux images, sons, voix et aux récits. Mais cette division bipolaire des sources est parfois artificielle, comme le montre, parmi d’autres, l’étude des archives des entreprises. Dans un troisième temps, le livre en vient aux questions de méthode. Il passe de la notion de moment à celle de « séquence du très contemporain ». Comme d’autres, il plaide pour insérer cette séquence dans «le monde et l’Europe » et pour prendre différentes échelles d’analyse. Il apporte une synthèse des travaux de sociologie, d’anthropologie et de science politique. Il plaide, comme on pouvait s’y attendre, pour l’approche historienne déjà évoquée des « années 68 ».

Au total, l’ouvrage a l’avantage de souligner l’importance du mois de juin et de donner la place nécessaire aux grèves. Il offre un guide utile dans la production discursive ou scientifique sur le sujet. Mais le passage du moment à la séquence a quelques inconvénients. L’originalité profonde, le caractère brûlant, la subversion durable et jamais récupérée de 1968 (au-delà des destins des individus et des stratégies des institutions) ne sont pas le vrai centre du livre.



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