Michaël Attali, Le syndicalisme des enseignants d’éducation physique…, 2004

Attali (Michaël), Le syndicalisme des enseignants d’éducation physique, 1945-1981, Paris, L’Harmattan, 2004, 345 pages. « Espaces et temps du sport »

par Jacques Girault  Du même auteur

Quand, en 1994, paraissait le premier ouvrage de la collection « Espaces et temps du sport » dirigée par Pierre Arnaud qui, depuis, a laissé cette responsabilité à Jean Saint-Martin et à Thierry Terret, rien ne laissait supposer que plus de soixante ouvrages allaient être publiés en dix ans. Il faut rendre hommage à son éditeur, à ses animateurs et aux nombreux auteurs spécialistes de la dimension historique du sport. Parmi ces questions, les recherches sur la relation avec le syndicalisme enseignant connaissent un élan où se rencontrent universitaires et syndicalistes.

Michaël Attali, qui avait soutenu une thèse à l’Université de Paris X, sous le titre Syndicalisme et professionnalisation des enseignants d’éducation physique entre 1945 et 1981, en 2002, a retravaillé son texte pour ce premier ouvrage d’ensemble sur la question. Sans accorder une longue réflexion sur les origines, étudiées dans sa thèse par Guilhem Véziers, il traite d’une assez longue période pour que l’on mesure le rôle du syndicalisme (ou plutôt des deux syndicats catégoriels représentatifs des professeurs et des maîtres avec toujours plus de 70 % de personnels syndiqués jusqu’au début des années 1970) dans la Fédération de l’Éducation Nationale. Originalité : les enseignants d’éducation physique sont les seuls enseignants à créer des syndicats disciplinaires qui « visent à articuler la défense de la discipline avec celle des individus qui l’enseignent ».

D’emblée une remarque critique : pourquoi avoir choisi comme limite terminale 1981 ? Certes l’intégration de l’éducation physique et sportive dans l’Éducation Nationale satisfait la revendication du syndicat des professeurs. Mais la fin du syndicat des maîtres, dont on avait mal perçu les origines liées à la politique éducative du gouvernement de Vichy, approche. Pourquoi ne pas avoir poussé l’investigation jusqu’au début des années 1990, période aussi où éclate l’unité de la FEN ? Neuf chapitres abordent l’évolution de façon thématique et chronologique. Dans un premier temps, les missions professionnelles préparent les affirmations des deux corps et des deux syndicats marqués par une réflexion pédagogique accompagnant un véritable combat pour la reconnaissance d’une discipline légitimée, elle-même en profonde mutation. Ce qui n’empêche pas la hiérarchisation, les professeurs considérant les maîtres « comme des amateurs dont la présence à l’école s’avère dangereuse pour les enfants ». Aussi pensent-ils, dès 1947-1948, par syndicat interposé, qu’il faut arrêter leur recrutement pour les orienter vers « le péri et le post-scolaire ». Sur cette question, des divergences apparaissent dans le syndicat des professeurs entre Robert Mérand, minoritaire, qui veut leur maintien pour augmenter le nombre d’enseignants susceptibles d’asseoir la discipline, et Philippe Néaumet, dirigeant majoritaire du syndicat, qui exige avant tout la compétence pédagogique du corps. Des majoritaires « autonomes » dirigent pourtant les deux syndicats. La lutte pour obtenir moyens et équipements trace la « ligne commune ». La légitimité semble acquise à la fin des années 1950. Désormais les deux syndicats, très représentatifs, participent à l’émergence du phénomène sportif démocratisé. À la vivacité des divergences internes du SNEP, avec un rôle particulier des élèves de l’École normale supérieure de l’éducation physique, s’oppose le calme du syndicat des maîtres. Les rapports privilégiés avec l’administration de tutelle, devenue Haut-Commissariat de la Jeunesse et des Sports à partir de 1958, donnent un nouvel élan. Les syndicats apparaissent comme susceptibles d’aider au développement d’« un processus de monopolisation interne du sport dans l’État, et externe du sport par l’État dont l’EPS devient un rouage essentiel ».

La question de la formation des enseignants constitue une des préoccupations communes. Le changement de majorité au SNEP résulte entre autres des pratiques de la direction « autonome » qui « tend à éloigner une partie des professeurs de la vie syndicale ». En 1969, la nouvelle direction « Unité et Action » du syndicat des professeurs donne une dimension idéologique aux différends professionnels tandis que se poursuit le débat sur la nature de la pédagogie en rapport avec la finalité de la discipline. La syndicalisation, toujours large, recule; les conflits autour des orientations de la direction de la FEN prennent un nouveau sens. Contre les analyses antisportives des militants de « L’École émancipée », le rapport entre éducation physique pratiquée à l’école et sport comme éléments culturels sous-tend les réflexions communes aux maîtres et aux professeurs, d’où la nécessité d’intégrer l’éducation physique dans l’Éducation Nationale, revendication reprise en 1981 par François Mitterrand, candidat à la Présidence de la République. Un ouvrage qui manquait.



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