Mathieu MONOT. Socialistes et démocrates-chrétiens et la politisation de l’Europe

Paris, L’Harmattan/Fondation Jean Jaurès, 2010, 201 pages.

par Karim Fertikh  Du même auteur


Socialistes et démocrates-chrétiens et la politisation de l'Europe
Mathieu
Monot
.

Socialistes et démocrates-chrétiens et la politisation de
l’Europe
Paris, L’Harmattan,
2010, 214 p.
 

L’ouvrage de Mathieu Monot, issu d’un mémoire de master 2 primé par la
Fondation Jean Jaurès, est une contribution à une histoire de la
politisation de l’espace transnational des institutions européennes.
L’auteur décrit la manière dont ces arènes deviennent enjeu de luttes
entre associations partisanes européanisées et perdent la « neutralité »
technocratique ou experte de leurs origines. Sa contribution se base sur
l’analyse historique de deux « europartis » : les sociaux-démocrates
(Groupe du parti socialiste européen) et les démocrates-chrétiens (Parti
populaire européen).

L’effort de Mathieu Monot est doublement intéressant. D’une part,
l’auteur hybride sa recherche historienne de références aux travaux de
science politique sur le domaine de l’européanisation. D’autre part, il
cherche à construire un site d’observation de ces processus de
politisation et contribue à la connaissance de la constitution et des
modes de fonctionnement des fédérations européennes de partis. Il
distingue des « moments » de partisanisation des institutions européennes
et construit des indicateurs visant à isoler l’effet des arènes
communautaires sur la constitution de pratiques européennes.

L’ouvrage se scinde en deux grandes parties : l’une sur l’invention des
europartis, l’autre sur leur contribution à la politisation de
la décision politique européenne. En historien, Mathieu Monot considère
que l’émergence des deux europartis qu’il soumet à l’analyse n’est pas
isolable de la structuration – antérieure à la mise en place des
institutions européennes – d’une culture internationaliste dans le cadre,
notamment, des internationales ouvrières. La Deuxième Internationale
constitue un lieu où se forge une culture transnationale, qui « n’est pas
une synthèse », où se nouent des liens interpersonnels – qui se
réfractent dans la constitution des associations partisanes européennes
sociales-démocrates. Il rappelle également l’existence d’une
transnationalisation européenne de la démocratie chrétienne dans le cadre
d’un Secrétariat international des partis démocratiques d’inspiration
chrétienne et de rencontres moins formalisées que celles de
l’Internationale ouvrière. Au sein de ces espaces transnationaux se
retrouvent des acteurs porteurs des projets d’intégration européenne. Ces
traditions et habitudes communes s’expriment dans la constitution des
groupes parlementaires lors de la formation du Parlement européen.
L’institutionnalisation de ces groupes parlementaires intensifie les
relations et les collaborations entre acteurs. Ce constat appuie l’idée
d’un effet des arènes européennes sur la transnationalisation de cultures
politiques. Ces formations transnationales se saisissent par ailleurs des
pouvoirs dévolus au Parlement et entament un processus de politisation de
cette arène européenne. L’auteur signale aussi la pluralité des
institutions au sein desquelles les acteurs d’un même « courant »
coopèrent et les conflits entre ces institutions « parapartisanes »
transnationales. Dans la seconde partie, l’ouvrage s’interroge sur la
partisanisation des instances communautaires. En mobilisant,
essentiellement, des indicateurs chiffrés visant à isoler un effet
européen sur les votes au Parlement – se substituant ou non aux
« réflexes nationaux » – et quelques réflexions sur les autres
institutions européennes (Conseil européen, Commission européenne),
l’auteur parvient à une description nuancée de la question de la
constitution de pratiques européanisées, dont on retient qu’elles sont
vraies en particulier pour le GPSE.

L’ouvrage interroge donc la transnationalisation partisane et la
définition de stratégies partisanes européennes partiellement
autonomisées des enjeux nationaux. Adjoindre un travail plus
ethnographique sur le déroulement concret du travail au Parlement et dans
les groupes, comme par exemple sur ce qui fonde concrètement la
discipline de vote d’un groupe et ses limites, apparaîtrait utile pour
encore étayer les analyses.

Karim Fertikh.



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