Mathias Delori, Delphine Deschaux-Beaume, Sabine Saurugger (dir.), Le choix rationnel en science politique. Débats critiques, 2009

Mathias Delori, Delphine Deschaux-Beaume, Sabine Saurugger (sous la dir.), Le choix rationnel en science politique. Débats critiques. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, 360 pages.

par Lilian Mathieu  Du même auteur

Cet ouvrage collectif part du constat d’une marginalisation, dans la science politique française contemporaine, d’un paradigme pourtant parmi les plus reconnus au niveau international, celui du choix rationnel. Selon ses coordinateurs, ce dédain, voire cette hostilité, à l’égard de ce paradigme s’expliqueraient par une réticence de la science politique française devant son ontologie implicite (celle d’un acteur uniquement mû par ses intérêts égoïstes) ainsi que par une méfiance à l’égard de toute entreprise de formalisation. Une telle attitude méconnaîtrait que, à condition de l’envisager comme un éclairage partiel sur la réalité sociale, une approche en termes de choix rationnel, au besoin appuyée sur des modélisations mathématiques ou combinée avec d’autres perspectives théoriques, est susceptible d’apporter une plus value substantielle en connaissance. Cette ambition générale de l’ouvrage se développe dans trois parties, la première principalement consacrée à un état des lieux scientifique tandis que les deux autres présentent des études de cas recourant à titre principal ou auxiliaire au choix rationnel ; rassemblant des contributions d’auteurs français et allemands, l’ouvrage permet de comparer utilement l’influence relative des perspectives utilitaristes au sein des sciences politiques des deux pays.

Autant les études de cas apparaissent souvent riches, et leurs discussions du paradigme rationaliste pondérées et argumentées, autant l’ambition générale de l’ouvrage, telle que présentée dans l’introduction, et le propos de la première partie prêtent à débat. Le constat d’une marginalisation du choix rationnel apparaît tout d’abord largement discutable : si ce paradigme n’est certes pas aussi puissant dans les sciences sociales françaises qu’il peut l’être aux États-Unis ou – quoique dans une moindre mesure – en Allemagne, l’œuvre et la postérité d’un Raymond Boudon sont là pour rappeler qu’il n’est pas pour autant dépourvu d’influence significative. On regrettera également, dans la première partie, la tonalité inutilement agressive des contributions de Y. Schemeil, C. Bouillaud et G. Schneider à l’égard des approches davantage sociologiques et historiques (renvoyées avec condescendance à l’« empirie » et au « localisme »), dont les réticences à l’égard du choix rationnel ne sauraient s’expliquer, comme ils le suggèrent pourtant, par un refus craintif de la « concurrence scientifique » ni par un manque d’« ambition théorique ». On regrettera enfin que les études de cas des deuxième et troisième parties ne présentent pas un éventail plus large de domaines de recherche : les contributions relèvent pour l’essentiel des études européennes et des politiques publiques, ne laissant qu’une place secondaire aux études électorales, et aucune à l’action collective et aux relations internationales. En privilégiant ainsi les domaines de la science politique où le choix rationnel, sans être en position de monopole, est le plus influent, et en négligeant ceux où il a fait l’objet d’importantes discussions critiques (comme la sociologie des mobilisations), l’ouvrage fournit une vision partielle et somme toute partiale de l’état des débats. De fait, le sous-titre du livre apparaît trompeur : plutôt que de « débats critiques », il s’agit davantage ici d’une « défense et illustration » (certes souvent nuancée et argumentée) des perspectives utilitaristes. Pour un véritable débat critique sur le choix rationnel, le lecteur devra se reporter au Sur l’individualisme, dirigé par P. Birnbaum et J. Leca (1986, Presses de Sciences-po), qui aujourd’hui encore reste la référence en la matière.


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