Marie-François GORON, L’amour criminel. Mémoires du chef de la Sûreté de Paris à la Belle Époque.

Bruxelles, André Versaille éditeur, 2010, 254 pages. Préface de Jean-Marc BERLIÈRE.

par Arnaud-Dominique Houte  Du même auteur

L' amour criminelMarie François Goron. L' amour criminel: mémoires du chef de la Sûreté de Paris à la Belle Époque, Bruxelles,André Versaille, 2010,254 p. 

On sait, depuis les travaux de Dominique Kalifa, combien le sang des criminels a pu nourrir l’encre des feuilletonistes de la Belle Epoque. Les faits divers et les affaires judiciaires font vendre. Aussi les policiers qui quittent le service prennent-ils l’habitude de publier leurs mémoires, suivant en cela l’exemple du célèbre Vidocq, dont les Mémoires ont profondément marqué l’imaginaire du XIXe siècle.

L’important succès que rencontrent ces récits ne résiste pas à l’érosion du temps qui passe : Vidocq a longtemps été bien seul dans les rayonnages des librairies contemporaines. Il a cependant été rejoint par Canler, grand policier du milieu du siècle, dont les Mémoires ont été rééditées par le Mercure de France. C’est désormais au tour de Goron, son successeur à la tête de la Sûreté, de prendre place dans la prometteuse collection des « Redécouvertes » lancée par André Versaille.

Comme le rappelle la riche préface de Jean-Marc Berlière, Goron est un client de choix pour les éditeurs de la Belle Epoque. Après un fulgurant début de carrière, il a dirigé, en tant que « chef de la Sûreté », les services de police judiciaire de la Préfecture de Police. Autant dire qu’il voit passer, de 1887 à 1894, les plus beaux dossiers du moment et qu’il dirige les enquêtes les plus médiatiques. Mis à l’écart pour des raisons plutôt obscures (malversations ?), Goron préfère prendre une retraite précoce. Mais il devient vite un auteur vedette de Flammarion, chez qui il publie cinq tomes de mémoires et une vingtaine d’autres ouvrages.

Publié en 1899, L’amour criminel présente une série de crimes passionnels qui emmènent le lecteur du « monde infâme des pierreuses et des souteneurs » jusqu’au salon du « bourgeois assassin, monstre le plus souvent répugnant et d’une psychologie compliquée ». La pièce maîtresse de l’ouvrage reste néanmoins une histoire de disparition enjolivée par toute une série de péripéties abondamment médiatisées, l’affaire de la « malle à Gouffé », qui fit les gros titres de la presse lors de l’Exposition de 1889.

Goron prétend « enlever les toits des maisons de la capitale » en s’appuyant exclusivement sur des « documents vrais ». Le fait est que la consultation des dossiers d’archives confirme presque toujours le récit de Goron, dont le témoignage constitue ainsi un précieux document pour l’histoire sociale et criminelle de Paris à la fin du XIXe siècle. Mais L’amour criminel est sans doute plus encore une preuve supplémentaire de la fascination de la Belle Epoque pour les faits divers. C’est, enfin, un livre dont la lecture reste tout à fait plaisante, ce qui n’est pas le moindre de ses attraits !

Arnaud-Dominique HOUTE



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