Marie-Claire Latry, Le fil du rêve. Des couturières entre les vivants et les morts, 2002

Latry (Marie-Claire), Le fil du rêve. Des couturières entre les vivants et les morts. Paris, L’Harmattan, 2002, 303 pages. « Anthropologie du monde occidental ».

C’est en 1984 que Marie-Claire Latry entreprend une enquête ethnographique sur des ateliers de couture à Bordeaux. Dix ans lui ont été nécessaires pour cerner précisément l’une des dimensions cruciales qu’elle met au jour en leur sein et à laquelle elle consacre un ouvrage. Les couturières rêvent et détiennent un pouvoir curatif. Elles se distinguent ici de la « passeuse » que décrit Yvonne Verdier en 1979 dans son texte Façons de dire, façons de faire; elles ne sont pas de celles qui accompagnent les jeunes filles jusqu’à leur mariage, mais plutôt de celles qui interviennent sur la périodicité des cycles, qui savent ce qu’est la vie et la mort et qui déterminent les enchaînements générationnels, car elles ont le don de voir en rêve. C’est pour cela que l’auteur désigne cette figure féminine, la « femme qui dort », soulignant ainsi une filiation avec les travaux d’Yvonne Verdier. Marie-Claire Latry démêle donc les logiques sociales et symboliques de cette pratique populaire contemporaine et la rapproche de faits observés à la fin du XIXe siècle à Bordeaux qui attestent l’existence de « dormeuses » soumises à des activités de somnambulisme. Suivant le fil des couturières, elle se plonge dans la littérature spirite de l’époque, à vocation savante, dont certains livres sont conservés et utilisés par l’une de ses informatrices. Ce détour est peut-être un peu long, éloignant de la réalité des ateliers et obligeant à retisser les liens entre passé et présent. On en retient surtout comment le langage symbolique du sang et du fer de la couturière rejoint celui du magnétiseur pour n’en faire qu’un et comment il invite à repenser la conception de la personne, du rapport de l’âme et du corps.

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