Maria Malatesta (dir.), Corpi e professioni tra passato e futuro, 2002

Malatesta (Maria), a cura di, Corpi e professioni tra passato e futuro. Milan, Giuffrè editore, 2002, 203 pages. Rassegna forense, Quaderni 7.

par Raphaël Muller  Du même auteur

En 2002, le Conseil national juridique publiait, dans le septième numéro des cahiers de la Rassegna forense, les actes du colloque consacré aux « corps et professions entre passé et présent », qui s’était tenu l’année précédente à Bologne. Cette rencontre avait été organisée par l’historienne Maria Malatesta, professeure à l’Université de Bologne et connue pour ses travaux sur les élites rurales et les professions dans l’Italie de la fin du XIXe siècle.

À l’origine de cette rencontre se trouve une réflexion sur la crise que traversent actuellement les corps, et les professions, notamment libérales et tout particulièrement juridiques, dans l’Italie contemporaine. Confrontés à une mutation inédite de la sphère socio-économique due notamment à la globalisation, les ordres professionnels hésitent entre ouverture sur la société et le monde et repli corporatif s’accompagnant d’un renforcement des contrôles et barrières d’accès. Disposées en ouverture du recueil, les communications engagées du juriste Sabino Cassese d’une part et de l’économiste Stefano Zamagni d’autre part permettent de saisir les enjeux de ce débat. Mais il ne s’agit là que d’un point de départ. En effet, ce sont un effort d’élargissement et d’approfondissement des perspectives et une lecture décalée de cette crise des professions que Maria Malatesta a souhaité proposer.

De fait, ce qui frappe à la lecture des actes, c’est l’extrême diversité des communications. La dimension juridique est bien évidemment présente dans la mesure où l’ordre des avocats et des procureurs de Bologne avait soutenu l’organisation du colloque de 2002. Néanmoins la perspective de Corpi e professioni tra passato e presente est bien plus large. L’élargissement est en fait triple. Élargissement tout d’abord du cadre professionnel avec des articles consacrés aux professions libérales en général, mais aussi, de manière spécifique, aux professions médicales, aux experts et aux ingénieurs. Élargissement ensuite du cadre chronologique. Dans son introduction, Maria Malatesta souligne en effet l’intérêt nouveau des professionnels pour leur propre histoire et inversement des historiens pour les professions. Ainsi, plusieurs articles, et notamment celui d’Elena Brambilla intitulé « Dalle Arti liberali alle professioni », précisent les conditions de naissance des professions dans l’Italie médiévale et moderne. Le dernier élargissement enfin est celui du cadre géographique : si la plupart des communications portent sur la situation italienne, Christophe Charle et Jean-Louis Halpérin traitent de la France, Charles E. McClelland de l’Allemagne. Dans cette perspective triplement élargie toutes les combinaisons sont envisageables : Christophe Charle s’intéresse ainsi au malthusianisme des professions juridiques dans la France du XIXe siècle, Carla Penuti évoque le rôle des juristes dans les États italiens de la première modernité, alors que l’article de Charles E. McClelland sur les professions libérales en Allemagne porte sur les seules années de l’après-guerre.

En définitive les actes de ce colloque, qui rassembla des historiens, des juristes, des économistes, des sociologues, mais aussi des spécialistes des sciences de gestion, de la santé, démontrent que l’intérêt pour la notion de profession est partagé par des chercheurs venus d’horizons très variés. Et de ce point de vue, Corpi e professioni tra passato e presente est un très bon panorama des recherches contemporaines saisies dans leur diversité.

Toutefois il ne faut pas cacher que la lecture de ces actes implique la maîtrise préalable d’un certain nombre d’outils notionnels. De fait, le recours récurrent aux termes de profession, d’ordre professionnel, de corps professionnel, dont les contours peuvent varier d’un pays à l’autre, aurait nécessité un certain nombre d’explications préalables. Elena Brambilla les donne dès les premiers mots de son intervention lorsqu’elle prend soin de mentionner deux critères permettant de caractériser les corps professionnels : la détention d’un savoir poussé acquis dans le cadre d’une instruction théorique et formelle d’une part, l’affirmation d’un monopole sur l’utilisation de ce savoir d’autre part. Mais, ailleurs, ce travail définitionnel n’est pas toujours explicite et il n’est pas inutile de se référer aux travaux antérieurs de Maria Malatesta, en particulier pour distinguer efficacement la notion de profession de celles de profession libérale, de métier, ou encore d’occupation.



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