Maria GRAVARI-BARBAS, Aménager la ville par la culture et le tourisme

Paris, Éditions du Moniteur, 2013, 159 p.

par Johan Vincent  Du même auteur

Couverture de l'ouvrage

Le discours du président de la République François Hollande le 27 août 2013, lors de la XXIe Conférence des Ambassadeurs, a dû réjouir Maria Gravari-Barbas : ériger en grande cause nationale le tourisme, afin de recueillir le plus de profits du passage des visiteurs sur le territoire national. C’est une volonté plus ambitieuse même que la simple mention présidentielle, plutôt brève dans son discours, qui se dégage de cet ouvrage, synthèse des travaux du club Ville-aménagement sur le thème « Tourisme, culture, urbanité », pilotés par Hervé Dupont, Bertrand Ousset et Jean-William Souffront.

Comment une intervention touristique ou culturelle contribue-t-elle à « faire de la ville », voilà le fil conducteur de tout l’ouvrage, dans les quatre parties qui le compose. Le propos, richement illustré de photographies en couleurs, se limite aux grandes villes dans le monde et s’insère dans le vaste débat actuel sur la métropolisation et les problèmes qu’elle génère.

Entre vouloir et réaliser, les étapes sont nombreuses. Maria Gravari-Barbas rappelle tout d’abord que les territoires sont entrés dans une compétition mondiale exacerbée, tout en désirant élargir la gamme des curiosités locales afin de renouveler l’attention. Le rôle de la marque, ou de l’image de marque, est clairement établi, complété par une étude de la requalification des zones urbaines périphériques en nouveaux espaces d’intérêt, dits « hors des sentiers battus », expression très mercatique d’ailleurs.

Cette remise en cause du tourisme et du musée à l’ancienne, qui date en fait des années 1970, a conduit les acteurs à se questionner sur le projet urbain. Maria Gravari-Barbas a ici privilégié les grands projets architecturaux, et notamment ceux des « starchitectes ». L’effet musée Guggenheim de Bilbao, ancienne ville industrielle ressuscitée grâce à une architecture originale, est à plusieurs reprises discuté. Selon elle, contrairement aux périodes antérieures au début du XXIe siècle, ces espaces vitrines sont maintenant articulés avec le reste de la ville. Elles n’en restent pas moins des vitrines. Il est légitime de s’interroger si le tourisme a la capacité de contrer la généralisation des macro-lots, qui tend plutôt à produire la ville en morceaux juxtaposés, que dénonce Jacques Lucan par exemple1. Pour un projet culturel, il paraît logique que l’ouverture de l’espace soit nécessaire, ce qu’expliquent parfaitement l’auteure et Cécile Renard, avec l’exemple romain du MAXXI à l’emplacement d’une caserne militaire du quartier de Flaminio ; dans des projets urbains sous la forme de très vastes îlots, tels qu’ils se multiplient en France, le propos peut s’avérer en décalage car ni le tourisme ni la culture n’investissent ces lieux pour l’instant, une situation qu’aurait pu déplorer Maria Gravari-Barbas.

Si la ville se sert des outils de la culture et du tourisme pour recomposer en partie son palimpseste, le tourisme et la culture permettent également de recréer la ville, à partir de l’existant. L’événement est considéré comme un outil d’aménagement urbain (p. 94). Le sort des Capitales européennes de la Culture est particulièrement mis en avant, mais il est comparable à celui des expositions universelles ou des Jeux olympiques. En fait, l’auteure montre surtout que la grande ville se réveille enfin, soucieuse d’apparaître au monde à n’importe quelle heure et n’importe quel jour de l’année – une extension de la logique ATAWAD (any time, any where, any device), sur laquelle s’appuient les outils touristiques technologiques actuels ?

Maria Gravari-Barbas n’oublie pas les acteurs, et notamment les habitants permanents, « maillon essentiel de la mise en tourisme d’une destination urbaine ». La quatrième partie, la plus programmatique, accessoirement la plus courte, est sans doute la plus intéressante. Elle milite pour que les opérateurs culturels trouvent toute leur place dans les politiques d’aménagement, livrant à ce sujet des comptes rendus d’entretien très instructifs : le succès espéré n’est pas toujours atteint, selon les forces en présence. La gouvernance doit désormais intégrer une dimension touristique, capable d’enraciner un projet dans un territoire, tout en permettant une réversibilité au moment où le modèle risque de péricliter. Nantes, en particulier l’île Beaulieu, de son nom médiatique « île de Nantes », et ses projets environnants mainte fois cités, apparaît sur ce point la métropole la mieux organisée, avec réussite. Au final se dessine une ville dans un monde mouvant, où les repères changent invariablement : une ville qui est ce qu’en font ses habitants, permanents ou temporaires, et non plus une collection de monuments à égrener comme un chapelet touristique.

C’est une mutation des points de vue qu’observe Maria Gravari-Barbas : l’association de la culture et du tourisme permet non plus discourir sur la ville, mais de la vivre et la faire vivre. Cet ouvrage – peu critique mais est-ce son objet ? – d’une lecture facile permettra à chacun de discerner dans quel nouveau monde nous commençons à habiter.

Johan Vincent


1. J. LUCAN, Où va la ville aujourd’hui ? Formes urbaines et mixités, Paris, Éditions de la Villette, 2012.


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