Mareike König (dir.), Deutsche Handwerker, Arbeiter und Dientsmädchen in Paris. Eine vergessene Migration im 19. Jahrhundert, 2003

König (Mareike), herausgegeben von, Deutsche Handwerker, Arbeiter und Dientsmädchen in Paris. Eine vergessene Migration im 19. Jahrhundert (Artisans, ouvriers et bonnes allemandes à Paris. Une migration oubliée du XIXe siècle). Munich, R. Oldenbourg Verlag, 2003, 203 pages.

par Claudie Weill  Du même auteur

Dans l’histoire des Allemands à Paris au cours des deux derniers siècles, deux périodes ont été à peu près balisées en ce que les publications les concernant sont relativement nombreuses : celle qui précède la révolution de 1848, le Vormärz, et celle qui suit la prise du pouvoir par les nazis en 1933. L’intervalle n’est certes pas totalement inexploré, grâce aux travaux de Jacques Grandjonc, de Michael Werner ou de Michel Espagne en particulier. Celle qu’on connaît peut-être le moins, c’est celle qui court de la fin du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale, voire au-delà, jusqu’en 1933. L’impact des guerres – de 1870, de 1914 – fait partie des interrogations lorsqu’il s’agit de mesurer la présence allemande à Paris qui n’a jamais cessé d’être une ville allemande de dimension moyenne, voire de grande dimension. Le regroupement en camps d’internement des ressortissants de puissances ennemies lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale n’a toutefois pas été abordé, la personne sollicitée n’ayant pu répondre à l’invitation.

Les lacunes mentionnées ont incité Mareike König, sous l’égide de l’Institut historique allemand de Paris, à organiser une journée d’étude dont les contributions sont publiées dans le présent volume. Elles remettent en cause bien des clichés. Par exemple, on peut certes parler de réseaux – plutôt que de filières – d’immigration à Paris comme l’indique Mareike König pour les bonnes à tout faire, réseaux de parenté, d’amitié ou de proximité géographique de départ qui peuvent tout aussi bien fonctionner sur le mode de la rotation. Mais à l’inverse, comme le souligne Michael Esch à propos des immigrés d’Europe centrale, la communauté « ethnique » se construit éventuellement dans l’immigration plus qu’elle n’est une donnée de départ. Saxons, Prussiens et autres Bavarois ne deviennent Allemands que dans l’immigration – que l’on songe, à titre de comparaison, aux Italo-Américains, plus prompts à s’unifier qu’en Italie même. À la dénomination d’Allemands les auteurs préfèrent implicitement celle d’immigrés de langue allemande pour désigner les germanophones, terme curieusement peu utilisé. C’est ainsi que Sigrid Wadauer s’intéresse plus particulièrement aux Autrichiens, tandis que par ailleurs les Luxembourgeois peuvent être inclus dans la catégorie. Autre résultat surprenant par rapport à ce qui se dit habituellement sur les migrations du travail : les femmes sont majoritaires, moins à cause d’une migration familiale des artisans et ouvriers, voire des petits entrepreneurs, qu’à cause du grand nombre de jeunes femmes qui viennent chercher du travail dans la capitale française, avec, bien entendu, des variations dans le temps. On peut tout au plus regretter que n’ait pas été évoqué ici l’opuscule de Flora Tristan sur la « Nécessité de faire bon accueil aux femmes étrangères ».

Les motivations des artisans sont examinées dans plusieurs contributions : venir acquérir des savoir-faire disponibles à Paris – ou dans la province française – ou l’inverse, moins fréquent : faire bénéficier l’économie française de procédés encore largement inconnus; dans les deux cas, on peut parler de transferts de technologie pour peu que les premiers retournent en Allemagne. On voit aussi se dessiner le dépérissement du Tour d’Europe des compagnons au profit d’une migration plus moderne mais qui n’est pas tout à fait celle des ouvriers d’industrie.

C’est sur les capacités d’intégration du monde artisanal et ouvrier français sous la Monarchie de Juillet et la Seconde République que s’interroge Pierre-Jacques Derainne. Il montre que si les flambées de xénophobie visant les Allemands ne sont pas négligeables, elles marquent assez souvent le début d’un mouvement de protestation qui se reporte ensuite sur des revendications de salaire et de conditions de travail. Il s’interroge aussi sur la participation des Allemands à ces mouvements.

Dès lors se pose la question, difficile à résoudre, des médiations entre un monde ouvrier immigré et les formes d’articulation de la volonté collective que sont les organisations étrangères. À travers sa présentation du Cartel syndical allemand – et du Club de lecture social-démocrate, héritier des Associations de culture ouvrière – Gaël Cheptou tente d’y répondre, décrivant à une échelle réduite la confrontation entre les modèles français et allemand du mouvement ouvrier, l’adoption du syndicalisme révolutionnaire du pays d’accueil par certains Allemands et la tentative de faire prévaloir le réformisme des syndicats allemands par d’autres, tandis que le Cartel semble être un lieu privilégié de critique du modèle français. L’hégémonie allemande dans la IIe Internationale se traduit également dans l’attraction exercée par le mouvement ouvrier allemand à Paris sur les immigrés et exilés d’autres nationalités tels que Russes, Juifs, Hongrois, etc.

C’est au niveau des relations interpersonnelles, au besoin par la médiation de réseaux tels que les revues, que se situe Marie-Louise Goergen. À la lire, on ne peut que regretter que son ouvrage annoncé sur les relations entre socialistes français et allemands à l’époque de la IIe Internationale ne soit toujours pas publié.

L’ouvrage est bilingue, les contributions en langue allemande sont suivies d’un résumé en français et réciproquement. Ce précieux recueil vient opportunément combler un manque.



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