Ludivine BANTIGNY et Arnaud BAUBEROT (dir.) Hériter en politique. Filiations, générations et transmissions politiques (Allemagne, France, Italie XIXe-XXIe siècles)

Paris, PUF, 2011, 384 pages. « Le nœud gordien »

par Lucie Bargel  Du même auteur

Hériter en politiqueLudivine
Bantigny
, Arnaud
Baubérot
.
Hériter
en politique: Filiations, générations et transmissions politiques
(Allemagne, France et Italie, XIXe-XXIe siècle)
Paris,Presses
universitaires de France
, 2011,384 p.
 

L’introduction de Ludivine Bantigny expose l’ambition théorique commune à
cet ouvrage collectif issu d’un colloque tenu en 2009 au Centre
d’histoire de Sciences Po, et l’inscrit dans une perspective historienne
en dialogue avec la science politique, pour une histoire des cultures
politiques telle que la défend également Jean-François Sirinelli. La
question de l’héritage en politique et celle de la socialisation
politique sont, de ce point de vue, inséparables : la conclusion d’Anne
Muxel le rappelle également. Toutes deux insistent sur le fait qu’un
héritage n’est jamais une transmission univoque et verticale, mais
toujours une « construction malléable », « tremblée », appropriée, remise
au présent, renégociée, de même que le temps de l’héritage n’est pas
linéaire.

Les vingt-deux chapitres explorent les différentes dimensions de cet
héritage politique, en mettant en particulier l’accent sur les
organisations militantes comme lieux de transmission de cultures
politiques : partis, organisations de jeunesse, mouvements étudiants
occupent ainsi l’essentiel de l’ouvrage. Stéphanie Dechezelles détaille
par exemple les dispositifs mémoriels à l’œuvre dans les organisations de
jeunesse de partis politiques italiens de droite – objets d’héritage
(iconographie, couleurs, figures héroïsées), leviers matériels et
émotionnels de transmission de ces objets (fêtes, réunions, lectures), et
entrepreneurs de mémoire (historiens militants notamment) – qui se
conjuguent pour entretenir des cultures militantes originales.

Si la transmission familiale est également explorée, on peut regretter
que le dialogue interdisciplinaire promu ne concerne pas toujours la
sociologie de la famille, ni celle de la mémoire. Un dialogue avec la
sociologie aurait aussi peut-être pu faciliter une mise en perspective
plus serrée des sources, que l’on attend parfois : le procès-verbal de
son interrogatoire par la Stasi est-il le meilleur moyen de
connaître la réalité de la socialisation familiale d’une adolescente
« dissidente » et ses effets ? L’appréhension de l’héritage comme
processus fait d’oublis et de négociations incite en effet à la
confrontation des sources, comme la pratique Louis Hincker à propos de
Michel Leiris, en prenant le parti de s’intéresser aux décalages entre
son autobiographie et des documents d’archives, et d’explorer y compris
ce que Leiris lui-même ne savait pas – ou pas explicitement – de son
histoire familiale.

Lucie Bargel.



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