Lorenzo Gestri, Storie di socialisti. Idee e passioni di ieri e di oggi, 2003

Lorenzo Gestri, Storie di socialisti. Idee e passioni di ieri e di oggi. Pise, Biblioteca Franco Serantini, 2003, XC-264 pages.

par Éric Vial  Du même auteur

Lorenzo Gestri, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Pise où il a enseigné trente ans, est mort subitement en 2002 et ce volume préparé par Laura Savelli lui rend hommage en republiant six articles parus de 1977 à 1995, plus deux textes inédits et une présentation bio-bibliographique détaillée — jusqu’aux maîtrises dirigées. Gestri s’était consacré au socialisme et au mouvement ouvrier d’avant 1914 à travers des itinéraires de militants, des réalités régionales toscanes, des points d’observation précis d’où l’on découvre de bien plus larges horizons — témoin son dernier livre, en 2001, consacré à l’association crématiste pisane. Ici, on trouvera des éléments de biographie de l’anarcho-syndicaliste Alceste De Ambris, la présentation d’une lecture anarchiste de la Commune de Paris à travers une affiche de 1884, celle de l’investissement dans la mobilisation contre l’exécution du catalan Francisco Ferrer de Luigi Campolonghi — ce sont ses premiers liens avec la Ligue des Droits de l’Homme dont il a animé la consœur italienne en exil, dans l’entre-deux-guerres… S’y ajoutent un bilan historiographique et un tableau du mouvement socialiste dans la région de Massa Carrara et une partie de celle de Lucques, une réflexion sur la traduction littéraire des grèves agricoles du début du XXe siècle, où on retrouve Campolonghi. Et aussi, inspiré par la lecture d’Arlette Farge et l’envie de transgresser les règles, le portrait d’un propagandiste libertaire en 1893, entre documents, interpolations appuyées sur l’historiographie et empathie tempérée par l’ironie.

Ce texte, qui se veut aussi un témoignage sur les pratiques et les tentations de la profession d’historien, fournit une transition avec deux courts textes qui parlent de l’Italie non d’avant-hier, mais d’un hier tout proche. D’abord la lettre de démission envoyée en 1992 à sa section du PSI, après trente et un ans de militantisme, témoignage parmi d’autres de la crise qui voit alors l’effondrement et la recomposition presque totale du système des partis transalpins. Ensuite un article de 1995, à propos de la commémoration de la Résistance et des fondements de la république italienne, entre mythes, révisions intéressées et travail historiographique, autre témoignage des débats italiens.

Avec cet ensemble de textes, on a, en somme, des aperçus d’un itinéraire où l’engagement a complété la recherche sans la dévier, un itinéraire qui, loin des directions nationales, pourrait avoir la même fonction, non pas illustrative, mais éclairante, que ceux que, pour une autre époque, le regretté Lorenzo Gestri suivait, entre rigueur et empathie.



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