Katia CHOPIN et Édouard GARDELLA (dir.), Les sciences sociales et le sans-abrisme. Recension bibliographique de langue française, 1987-2012.

Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2013, 352 pages.

par Axelle Brodiez-Dolino  Du même auteur

Les Sciences sociales et le sans-abrismeÉdouard Gardella, Katia Chopin. Les Sciences sociales et le sans-abrisme: recension bibliographique de langue française, 1987-2012 Saint-Etienne,Publications de l'université de Saint-Etienne, 2013,352 p. 

Il s’agit là d’un ouvrage atypique, mais dont on ne peut que saluer l’initiative. Partant du constat d’une multiplication en France, depuis trente ans, des enquêtes et recherches sur le sans-abrisme, sans pour autant que soit initiée une dynamique d’échanges et de cumulativité, les auteurs proposent ici une vaste recension bibliographique destinée à rendre visible et accessible cette masse de travaux (environ 500 références retenues). « Nous croyons […] que c’est en passant par des moments de synthèse de travaux spécialisés que les acquis d’un domaine de recherches se clarifient, et que les concepts forgés sur des situations singulières peuvent ensuite migrer par analogie vers d’autres domaines, contribuant ainsi à la circulation des savoirs et à l’accumulation générale des connaissances » (p. 27) – ainsi qu’à l’appropriation des résultats scientifiques par les travailleurs sociaux et les décideurs politiques.

L’ouvrage est structuré en grandes parties : une solide introduction ; quatre chapitres de recension correspondant aux grandes thématiques dégagées dans la recherche (« Du problème social au problème scientifique : nommer, objectiver, enquêter » ; « Les dispositifs d’assistance des personnes sans-abri » ; « La question SDF comme problème public » ; « La vie entre rue et assistance : expériences et expédients »), avec pour les principaux ouvrages un compte rendu d’une dizaine à une trentaine de lignes ; un vocabulaire du sans-abrisme comprenant une centaine de définitions ; enfin, les mêmes références bibliographiques classées par date de parution, pour mesurer les évolutions de la recherche, puis par ordre alphabétique des auteurs.

Le terme de « sans-abrisme », néologisme issu de l’anglais homelessness, a été retenu, pour controversé qu’il soit parfois. Il est défini comme « une perspective constitutive d’un objet de recherche, qui aborde notre actualité historique à travers les relations entre la vulnérabilité de l’habiter dans les espaces publics, son traitement par les institutions d’assistance et les possibilités offertes par une société démocratique d’avoir un chez-soi » (p. 15) ; une « perspective (à la fois) descriptive et compréhensive de la vie à la rue » (p. 16).

Les auteurs datent de 1987 le début de la multiplication de travaux en sciences sociales sur le sujet, conjonction d’un nouvel intérêt médiatique, scientifique et politique. La période récente est aussi faite d’un nouveau contexte, sur fond de dépénalisation du vagabondage (1992) et de domination d’une logique non plus répressive mais assistantielle. Un autre parti-pris est de ne considérer que les travaux proposant des éclairages sur la période actuelle. Dès lors, on regrettera que, si les principaux travaux d’historiens sont mentionnés, notre discipline n’ait pas fait l’objet de la même attention systématique que la sociologie, l’anthropologie ou la science politique.

Pour être avant tout une somme bibliographique, cet ouvrage n’en recèle pas moins quelques analyses et thèses fortes. On y lit d’une part clairement les différents courants qui jalonnent l’étude du sans-abrisme et leurs postulats, parfois implicitement ou explicitement discutés par les auteurs. D’autre part et corrélativement, l’idée d’ « exclusion », très souvent associée à ce groupe social, y est réfutée : hétérogène et relevant de mécanisme processuels, le groupe des sans-abri ne saurait être séparé du reste de la population. « Toutes les enquêtes convergent vers le résultat suivant : les sans-abri ne sont pas en dehors de la société. Les enjeux de recherche portent plutôt sur la façon dont ils se rattachent à la société (sociabilités familiales et amicales, modalités de l’aide sociale) et de quels autres groupes sociaux ils se rapprochent (mal-logés, sous-prolétaires, le monde de l’assistance) » (p. 125).

Véritable mine de renseignements et de références, posant de réels jalons tout en ouvrant des perspectives, cet ouvrage est non seulement un outil indispensable à qui travaille sur le sans-abrisme, mais aussi un modèle de méthode et de pensée qui gagnerait à être transposé dans bien d’autres champs.

Axelle Brodiez-Dolino.



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