Josette Ueberschlag, Jean Brérault, l’instituteur cinéaste (1898-1973), 2007

Josette Ueberschlag, Jean Brérault, l’instituteur cinéaste (1898-1973). Saint-Étienne, Publications de l’Université, IUFM Lyon-Saint-Étienne, 2007, 332 pages. Préface de Didier Nourrisson.

par Jacques Girault  Du même auteur

L’instituteur Jean Brérault, guidé par son ancien professeur de l’école primaire supérieure Colbert, à Paris, Auguste Bessou, s’initie au cinéma muet, le maîtrise, puis l’utilise à des fins pédagogiques à partir de 1929, date de son premier film muet, La mer. A la fin des années 1920, dans la CGT, le Syndicat national des instituteurs, appelé alors Syndicat national, lance un périodique L’École libératrice qui se dote d’une partie pédagogique. Au sein de la Fédération de l’Enseignement de la CGTU, L’École émancipée propose une pédagogie qui se veut différente. Célestin Freinet soumet une pratique enseignante au service de la révolution. Le cinéma commence à se développer et la Ligue de l’enseignement diffuse des films de courte durée projetés par les initiatives d’organisations qui deviennent d’ « éducation populaire ».

Jean Brérault, encouragé par le directeur de son école de la rue de Marseille, Louis Roussel, futur secrétaire du SN, intéressé par les innovations pédagogiques, entreprend le tournage de 90 films, muets puis sonores, à vocation d’initiation et d’éducation. Franc-maçon, socialiste, syndicaliste, il fait partie de ces militants qui attachent un grand prix à cette production d’images animées qui se développe en France et dans le monde. Ainsi pour le Parti socialiste SFIO, encouragé par Marceau Pivert, il tourne des films de propagande à la fin des années 1930. Mais des oppositions apparaissent entre les outils, les produits, les techniques sur fond de rivalités entre sociétés de production. L’initiative politique et syndicale, dans la période préparatoire à l’ébullition culturelle des années du Front populaire, peut encore affirmer son autonomie pour promouvoir la fonction éducative du cinéma, alors que les grandes firmes commerçantes, dont Pathé-Cinéma, avec laquelle ses relations de travail commencent en 1932, envahissent le marché et permettent la fabrication du cinéma parlant à but distrayant. Une nouvelle époque naît. Brérault quitte l’enseignement en 1935 pour devenir réalisateur chez Pathé. Il croit pouvoir échapper à la domination des grandes sociétés capitalistes de production cinématographique et fonde la Fédération nationale du cinéma éducatif en 1937 qui connaît un bel essor après la Seconde Guerre mondiale. Mais Brérault, accaparé par des fonctions d’organisation de cinémathèques, produit moins de films après avoir fait partie de l’avant-garde.

Dans son ouvrage, Josette Ueberschlag s’efforce de traiter les deux aspects de la question : apporter une connaissance des activités de Jean Brérault et réfléchir sur la naissance et le développement du cinéma comme moyen pédagogique, en somme ce qui devient, après la guerre, le cinéma scolaire et aussi le cinéma éducatif. De vifs débats traversent cette mise en place, cinéma muet ou cinéma sonore, formats des films du 9,5 millimètres répandu avec le Pathé-Baby, diffusé par des coopératives et par les proches de Célestin Freinet, ou autres formats préconisés par d’autres circuits commerciaux, par les catholiques dans les patronages ou par des initiatives en direction des campagnes. Ces débats, souvent politiques, ne se limitent pas à l’Hexagone et affectent les relations internationales. Il en résulte des luttes qui traversent la Ligue de l’enseignement qui finit par imposer le 16 millimètres. Une étude aux riches perspectives !


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