Josefina Cuesta Bustillo (dir.), Retornos (de exilios y migraciones), 1999

Cuesta Bustillo (Josefina), coord., Retornos (de exilios y migraciones). Madrid, Fundación Largo Caballero, 1999, 420 pages. « Historia social y del movimiento obrero ».

par Phryné Pigenet  Du même auteur

Cet ouvrage collectif, centré sur le thème du retour des exilés et des migrants espagnols, est le fruit d’un colloque tenu en 1999 à Clermont-Ferrand, et d’un séminaire organisé en Galice.

Les quatre parties qui composent le livre ne présentent pas toutes un égal intérêt. La première, qui traite du retour des émigrés aux XIXe et premier XXe siècles, est sans doute la plus novatrice. Ainsi, l’article de Xosé Nuñez Seixas confronte-t-il à la réalité les représentations multiples que les différentes strates de la société espagnole ont eues de « l’Indio » – seuls sont ici traités les émigrés partis en Amérique. Pour l’auteur, l’image habituelle de « l’Américain », porteur de valeurs progressistes et perturbateur de l’ordre social, a rarement correspondu à la volonté d’intégration au monde des notables affichée par « l’Indio » enrichi. Les contributions suivantes étudient l’apport de ces émigrés aux sociétés d’origine asturienne et galicienne. L’hypothèse initiale est que les départs, dans des sociétés à dominante agricole, doivent être interprétés positivement comme une stratégie de mobilité sociale ascendante. Raúl Sotelo Vasquez met à jour les relations entre les motivations originelles et le rôle joué par les émigrés après leur retour. Il souligne combien ils furent le vecteur principal de modernisation des exploitations familiales. À la tête des organisations agraires, ils politisèrent les secteurs les plus dynamiques de la société rurale, leur donnèrent les moyens de s’opposer au traditionnel caciquisme et de s’ouvrir au libéralisme. Il n’infirme pas l’image de l’Indio enrichi rêvant de rejoindre les rangs des notables, mais la nuance, insistant sur l’hétérogénéité des « candidats » au retour.

Nous n’avons malheureusement pas d’études équivalentes pour les exilés de 1939 qui sont le thème central de la seconde partie. Plus classique, celle-ci s’appuie essentiellement sur les témoignages littéraires dont l’intérêt, indéniable, ne saurait compenser l’absence d’études approfondies sur les quelque 300 000 réfugiés qui décidèrent, à différentes périodes, de retourner en Espagne. D’un ensemble disparate, on retiendra plus particulièrement la contribution que signent Immaculada Cordero et Encarnación Lemus. On sait gré aux auteurs de rappeler ce fait élémentaire, trop souvent négligé : le départ forcé et l’espoir permanent du retour prochain interdirent longtemps l’intégration des exilés à la société d’accueil. Les cas étudiés sur le continent américain ne sont guère comparables à ceux des milliers de réfugiés vivant en France. Alors que l’éloignement géographique considérable contribuait à l’idéalisation de la mère-patrie, la proximité culturelle de la société d’accueil facilitait, en revanche, leur insertion. À partir de témoignages d’intellectuels, les auteurs passent en revue les difficultés qui attendent les candidats au retour dont certains choisirent de se « réexiler » après un séjour douloureux en Espagne. Sans aller jusqu’à cet extrême, rares sont ceux qui ont réussi pleinement leur adaptation. L’indifférence voire l’hostilité d’un pays qui avait évolué sans eux et qui les ignorait furent ressentis comme un échec. Conscients que trop de temps s’était écoulé et que leur grand âge les écartait définitivement du rôle d’acteurs politiques, ils espéraient au moins une reconnaissance morale qui ne leur fut pas accordée.

Les témoignages livrés dans les troisième et quatrième parties de l’ouvrage confortent le constat sinon d’échec, du moins des difficultés d’intégration. Aussi plausible que soit cette conclusion, il est probable que des monographies locales semblables à celles menées en Galice pour le siècle précédent infléchiraient et nuanceraient un bilan par trop pessimiste et quelque peu hâtif. L’absence d’études sur l’immigration des années 1960 constitue une autre des lacunes de l’ouvrage au regard des flux de départs… et de retours. Quelle place les migrants d’alors occupent-ils dans la société espagnole actuelle ? Leur réinsertion a-t-elle posé de réels problèmes ? Ont-ils contribué à la modernisation de l’économie et des mentalités à l’instar des Américains du siècle dernier ? Partaient-ils avec des motivations similaires ?

Ces regrets ne doivent pas masquer l’intérêt d’un ouvrage pionnier en Espagne. Investissant un champ nouveau de l’histoire de l’immigration, on espère que cet ouvrage suscitera le désir de nouvelles recherches.



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