Jean-Claude Gaugain, Jeux, gymnastique et sports dans le Var…, 2000

Gaugain (Jean-Claude), Jeux, gymnastique et sports dans le Var (1860-1940). Essai d’histoire sociale et culturelle. Paris, L’Harmattan, 2000, 404 pages. « Espaces et temps du sport ».

par Jacques Girault  Du même auteur

Dans la collection dirigée par Pierre Arnaud, cette monographie départementale apparaît comme pionnière. Dans l’espace géographique varois bien balisé par les chercheurs, ajouter une dimension jusqu’alors effleurée aurait pu n’apporter que du superflu. Il n’en est rien, sans doute parce que Jean-Claude Gaugain traite une chronologie longue marquée par la percée du sport dans des traditions ludiques puis, après la Première Guerre mondiale, par son enracinement inégal dans un monde essentiellement masculin et jeune. Le fait militaire aiguillonne le développement sportif tout en expliquant l’instabilité des recrutements. Ainsi les pratiques peuvent-elles évoluer sans se généraliser, surtout dans le Var intérieur. Émanation d’un phénomène associatif, des activités traditionnelles se normalisent, ainsi le jeu provençal dans l’ensemble bouliste avec l’apparition, à la fin du XIXe siècle, des « boulomanes », parfois véritables professionnels. La « sportivisation » des jeux commence souvent par les zones méridionales ouvertes, plus dynamiques, avec comme symbole la progression du football au détriment du jeu de ballon, souvent dépendante de la création d’un stade, résultat de l’initiative municipale, avec parfois une intervention des notables locaux ou des instituteurs. La gymnastique recule aussi pour des raisons plus idéologiques, liées aux difficultés des courants nationalistes à s’implanter durablement dans un Var acquis aux républicains. Les pratiques sportives s’institutionnalisent, se généralisent, se diversifient, avec des zones spécialisées, ainsi le rugby en région toulonnaise (le Rugby club toulonnais devient champion de France en 1931 !). Dans cet ouvrage, le regard sur les activités traditionnelles : jeux de boules, de ballon, de paume (où les immigrés italiens excellent) ou joutes nautiques (la « targue », longtemps interdite aux étrangers), souvent intégrées dans les programmes des fêtes locales, permet de mieux saisir des aspects mal connus de la sociabilité villageoise. Le développement du cyclisme, du football, du rugby ou de la gymnastique pose la question des difficiles rapports avec les forces religieuses, les autorités militaires, les choix politiques, les groupes d’originaires (le Rugby club corse ne rassemble « qu’une infime minorité de la jeunesse corse de Toulon », les sportifs corses adhérant aux autres sociétés de la ville). Pourtant des politiques d’incitation sportive se développent après 1919. La Marine « se doit de donner l’exemple », affirme son ministre en 1934. Le Conseil général et des municipalités manifestent leur intérêt. La responsabilité en milieu sportif renforce parfois la notoriété. Le mouvement sportif s’organise et la presse sportive se diversifie. Partout des équipements voient le jour, conséquence d’initiatives publiques (mais Toulon, sans doute « trop liée à la Marine », à la différence d’autres villes françaises, ne possède pas de véritable complexe sportif) ou privées (le chanteur Mayol à Toulon ou l’industriel Barrel à La Seyne). Les monographies de sociétés, de la Pro Patria et ses gymnastes, du Rugby club toulonnais, de la société d’origine catholique du quartier de Toulon, Montéty, animée par l’abbé Joseph Sasia, ou du groupe féminin Olympia ouvrent la voie à la compréhension de la période. Manque (absence d’archives ?) l’étude suivie des rapports avec les entreprises (notamment l’Arsenal maritime) et le patronat local, ainsi les chantiers navals de La Seyne. L’auteur mentionne trois clubs d’entreprise dans les années 1930, auxquels s’ajoutent les groupes relevant du sport travailliste. Un livre utile mais sans index.



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