Jean-Claude Caron, Frères de sang. La guerre civile en France au XIXe siècle

par Louis Hincker  Du même auteur

Jean-Claude Caron. – Frères de sang. La guerre civile en France au XIXe siècle, Editions Champ Vallon, 2009, 320 pages.

Il s’agit d’une étude du discours sur la guerre civile, d’un siècle de discours politique qui s’empare de manière récurrente d’une figure rhétorique. Archaïsme monstrueux, forme hypertrophiée et irrationnelle du conflit, l’expression « guerre civile » s’offre comme un universel qui traverse les époques. Temps du verbe quasi absolu, Jean-Claude Caron souligne que le langage des contemporains évacue l’analyse des causes de tels événements, stigmatise les perdants et les vaincus. Le but d’un tel discours est de distinguer la sphère de la guerre civile du domaine de la guerre elle-même. La guerre « publique » qui voit sa légitimité se renforcer et à laquelle se livrent les Etats, c’est bien l’inverse de la division intérieure qui, elle, est mortifère pour le lien social, familial et privé. Il y a, bien sûr, pour justifier cette condamnation de la stasis, et quel que soit le bord politique qui s’exprime, le sentiment partagé d’une marche irrémédiable vers un système parlementaire à la française qui vise un idéal d’unanimisme par-delà les différences de régimes politiques qui se succèdent.

Jean-Claude Caron oriente sa démonstration en fonction d’une métaphorisation du thème de la guerre civile de plus en plus univoque au fil des décennies allant vers un idéal de négociation et de réconciliation durant la IIIe République. Reste que si les idées des uns et des autres sont restituées, on ne saura pas en fonction de quel ordre du discours elles sont produites, organisées et destinées. Ce qui se dit est aussi fonction de ce qui peut et doit se dire. Le discours a ses règles d’organisation qui interdit les écarts et la remise en cause de ses attendus. Car c’est tout de même attribuer beaucoup au verbe que de lui reconnaître cette faculté de miroir des conflits socio-politiques qu’il faudrait peut-être précisément tenter de traverser. Pas de déconstruction donc, et l’on ne saura pas les multiples facteurs, causes, déclinaisons, configurations, conséquences de la réalité du conflit fratricide qui précisément, sans doute, échappe à toute tentative de systématisation discursive. Une analyse de l’écart entre ce qui est dit et ce qui se fait en matière de guerre civile dans la France du XIXe siècle nous donnerait un autre livre.

Louis Hincker



Auteur d'ouvrage recensé

Thème

Période

Pays