Jacques Girault (dir.), Les enseignants dans la société française…

Girault (Jacques), sous la direction de, Les enseignants dans la société française au XXe siècle. Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, 230 pages.

par Christian Chevandier  Du même auteur

Pour la première fois dans l’histoire du mouvement social en France, c’est à partir d’une mobilisation d’enseignants que s’est diffusé, au printemps 2003, le mouvement d’opposition à la loi Fillon qui rendait plus difficiles les modalités d’obtention d’une pension de retraite et allongeait sensiblement le temps de cotisation. Lors des deux années précédentes, c’est à la place de l’enseignement et du monde enseignant dans les mouvements sociaux du XXe siècle, en France et dans la région parisienne qu’était consacré le séminaire du DEA « Histoire et connaissance des civilisations » des universités de Paris VIII, XII et XIII, organisé par Jacques Girault au Centre de recherches sur l’espace, les sociétés et les cultures, conjointement à une convention de partenariat « Mémoires d’usines, mémoires ouvrières » passée entre l’université Paris XIII, le Conseil général et les Archives départementales de Seine-Saint-Denis. C’est de ce séminaire que sont issus les douze textes qui constituent ce livre collectif, et il n’est bien sûr pas question ici d’aborder individuellement chacun de ces papiers.

Le groupe des enseignants, puisque ce terme générique permet de désigner à la fois les instituteurs et les professeurs du secondaire, est certes hétérogène, surtout s’il est observé tout au long du XXe siècle, mais son rapport au mouvement social se révèle, du moins jusqu’aux années 1980, caractérisé par la conscience d’appartenir à un groupe spécifique au sein du salariat, caractérisé notamment par son rapport au savoir. Ce trait a été fortement affecté par l’ « explosion scolaire » qui a accompagné, inégalement selon les cycles, la croissance des baby-boomers. Le syndicalisme et ses formes particulières est perçu comme un des éléments de la dimension atypique du groupe social, sans doute de manière exagérée et largement déterminée par les spécificités dues au refus de la scission au sein de la CGT dans l’après-guerre. Dès lors, l’existence de tendances peut être considérée comme un moindre mal par rapport à l’éclatement subi par le mouvement syndical ces années-là, donnant de ce fait au SGEN une place particulière qui ne renvoie en rien à celle des fédérations de la CFDT dans les autres secteurs.

La place des enseignants dans la société française, ce sont aussi les rapports qu’ils entretiennent, ou n’entretiennent pas, entre eux tout comme les hiérarchies symboliques au sein d’un groupe social particulièrement éclaté mais où les barrières deviennent, depuis la création d’un enseignement primaire supérieur, peu à peu plus discrètes. Cette place est déterminée, largement, par la mission qui leur est dévolue, celle d’instruire et de former la population, d’ « enseigner pour le peuple » pensèrent certains, dans ce système très hiérarchisé, où le seul fait de vouloir bien faire son travail peut déjà être considéré comme un engagement, mais se révèle souvent une démarche individuelle, sans véritable perspective, dont les intentions peuvent se révéler bien loin de l’aboutissement.

La lecture de cet ouvrage renforce l’impression empirique des apories d’un combat qui se voudrait singulier au sein d’une société où la mission de chacun, se voudrait-il subversif, est bien assignée, et dont les modalités de l’exercice professionnel confortent peu ou prou un ordre social. Dès lors, c’est aussi comme « intellectuels » que les enseignants peuvent être appréhendés, approche à laquelle incitent plusieurs de ces textes.



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