Idesbald GODDEERIS (ed.), Solidarity with Solidarity. Western European Trade Unions and the Polish Crisis, 1980-1982.

par Michel Dreyfus  Du même auteur

Idesbald GODDEERIS (ed.). – Solidarity with Solidarity. Western European Trade Unions and the Polish Crisis, 1980-1982, New York, Lexington Books, 2010, 308 p.

Depuis ses origines, le syndicalisme revendique la défense de la solidarité : solidarité des travailleurs dans un pays, mais aussi solidarité internationale vis-à-vis des travailleurs d’un autre pays. À partir de l’été 1980, le régime polonais du général Jaruzelski fut confronté à une contestation sociale importante, revendiquant notamment la constitution d’un syndicat indépendant ; le 17 septembre fut ainsi constituée l’organisation Solidarność. Dès lors, la contestation s’approfondit à tel point que le gouvernement polonais arrêta de nombreux membres de Solidarność et décréta l’état de siège le 13 septembre 1981. Ce dernier fut partiellement levé à partir de 1983 mais toutes les tentatives gouvernementales ultérieures de normalisation échouèrent. En 1989, la Pologne fut le premier pays à rompre avec le communisme. Ces événements furent suivis avec attention dans toute l’Europe, notamment par les partis politiques et les syndicats. Ce livre montre la façon dont ces derniers réagirent à la crise polonaise et apportèrent leur soutien à Solidarność. Il repose sur un ensemble de contributions consacrées à l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suède, ainsi qu’à deux organisations internationales, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et la Confédération internationale des syndicats chrétiens (CISC).

La diversité idéologique du syndicalisme ainsi que son implantation et sa pratique fort différentes dans tous ces pays expliquent les attitudes également différentes que prirent alors ces organisations. Ainsi en France, la CFDT se mobilisa d’une façon particulièrement vigoureuse en faveur de l’organisation catholique polonaise. La CGT lui apporta d’abord son soutien, mais elle fut ensuite plus réservée car elle se méfiait de toute forme de contestation existant dans un pays socialiste. En Allemagne, la mobilisation fut plus discrète. Se ranger trop ostensiblement aux côtés de Solidarność aurait fait courir le risque d’une remise en cause de la politique de détente ; néanmoins, l’aide financière que lui fournit avec discrétion la Deustsche Gewerkschaftsbund (DGB) fut importante. Les syndicats allemands et français ne furent bien sûr pas les seuls à se mobiliser pour Solidarność. En Suède, pays géographiquement proche de la Pologne, la Landsorganisationen i Sverige (LO) lui apporta également un appui notable, mais sous une forme encore plus discrète que la DGB. Les Danois accordèrent aussi leur soutien de principe, mais la question polonaise suscita dans leurs rangs un grave conflit et il en fut de même d’ailleurs au sein du Parti socialiste de ce pays.

À première vue, l’idéologie semble avoir été la principale raison expliquant les prises de position à l’égard de Solidarność. On comprend ainsi les choix faits par la CFDT, la Confédération italienne des syndicats de travailleurs (CISL), les syndicats chrétiens en Autriche et en Belgique. Toutefois, le syndicalisme chrétien n’eut pas le monopole du soutien à Solidarność, comme le montre par exemple l’attitude de l’Union italienne du travail (UIL), proche des socialistes. Mais des raisons stratégiques jouèrent également. Pour certains syndicats, soutenir Solidarność était une manifestation d’indépendance à l’égard des partis politiques et du gouvernement. Enfin, il ne faut pas oublier le poids des immigrés polonais, notamment en Belgique et en France. Cette diversité dans les attitudes n’est pas moindre quand on examine ce qui s’est passé dans les différents pays et qui a influé, bien qu’à des degrés très divers, sur les militants syndicalistes. En France, la gauche intellectuelle avait été ébranlée quelques années plus tôt par les révélations d’Alexandre Soljenitsyne dans L’Archipel du Goulag. La crise polonaise nourrit les critiques à l’égard du totalitarisme et favorisa l’émergence de la notion de société civile. En Allemagne où existait à l’égard de la Pologne un fort sentiment de culpabilité depuis la Seconde Guerre mondiale, la crise fut considérée à travers le prisme d’une éventuelle réunification avec l’Allemagne de l’Est. En Autriche, elle fit craindre une immigration polonaise massive et cette crainte encouragea un fort sentiment anti-polonais et un discours xénophobe. On voit donc combien varièrent les réactions suscitées par la crise polonaise : elle agit comme un révélateur de l’extrême diversité du  syndicalisme en Europe. La mise en œuvre effective de la solidarité internationale sera encore longue.




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