Hartley Dean, Social Policy

Cambridge, Polity Press, 2012 (second edition), 157 p. « Short Introductions ».

par Éric Cheynis  Du même auteur

Social PolicyHartley Dean. Social Policy Cambridge,Polity Press, 2012,176 p.  Au regard des ouvrages, nombreux, de langues française ou anglaise traitant de politique sociale, celui de Hartley Dean (dont la première édition a paru en 2006) contraste par bien des aspects. En quelques 130 pages, auxquelles s’ajoutent une importante bibliographie, un index des noms propres et thématiques et plus d’une dizaine de tableaux et encadrés, l’auteur fournit une synthèse du sujet qui en renouvelle l’approche. Le plan se distingue des classiques enchaînements de chapitres qui égrènent un à un les différents domaines des politiques sociales ou bien adoptent une perspective exclusivement historique. La différence est également visible par l’éclectisme des références mobilisées qui souligne ici l’entreprise interdisciplinaire. A travers dix chapitres, l’auteur, professeur de Social Policy à la London School of Economics and Political Science et co-éditeur du Journal of Social Policy propose une approche des plus originales. Seul le chapitre 4 sur un total de 10 est de facture relativement classique et aborde successivement la question de la santé, de l’éducation, de la sécurité sociale, du logement ou encore des services à la personne. Le reste de l’ouvrage n’est pas structuré par sous-secteurs de politiques sociales mais par des questionnements transversaux. L’originalité tient aussi à l’effort pour élargir la perspective bien au delà des seuls pays développés. Loin d’être purement formelle, l’instance sur les majuscules utilisées pour « Social Policy » souligne avant tout l’attention portée à la définition de l’objet de l’ouvrage. Pour Hartley Dean, les social policies désignent tout un ensemble de domaines d’intervention du gouvernement (logement, éducation, santé, etc.). En revanche, Social Policy correspond à un sujet beaucoup plus vaste. L’ouvrage porte donc sur un sous-champ académique dont on ne retrouve pas de découpage équivalent en France. Si l’auteur aborde des faits, il s’intéresse surtout aux enjeux de luttes, aux affrontements, aux définitions en perpétuel mouvement et aux représentations qui sont au cœur de la Social Policy. Loin de réduire son sujet à l’État providence ou aux dépenses sociales, Hartley Dean le définit comme tout ce qui touche au bien être humain (wellbeing), lui conférant ainsi un caractère plus étendu. L’approche adoptée tout comme les références bibliographiques mobilisées font de la Social Policy, chez Hartley Dean, un domaine de recherche résolument pluridisciplinaire, dont les chapitres 5, 6 et 7 abordent successivement les aspects économiques, politiques et sociologiques. D’un point de vue économique, l’analyse de la Social Policy a trait à l’ensemble de la production nécessaire au bien être, mais aussi aux débats entre les différents moyens de redistribution des ressources et à leurs effets. La dimension politique de l’objet renvoie à la question du pouvoir et de sa légitimation dans les démocraties capitalistes. Elle touche également à la mise en œuvre des politiques sociales, aux administrateurs et aux professionnels qui en ont la charge, tout comme à leur niveau d’intervention : local, national voire de plus en plus supranational et en partie européen. Pour Hartley Dean, l’étude de la Social Policy invite également à comprendre certaines grandes questions de société touchant aux thèmes de la diversité et de la différence, de l’identité et des classes sociales, du genre, de la « race ». Évoquant le succès grandissant du concept d’exclusion, l’auteur ne manque pas d’en souligner la faiblesse et les limites. Il lui reproche de se focaliser sur les manquements individuels au détriment des analyses en termes d’inégalités sociales et économiques. L’originalité de l’ouvrage est d’aborder le devenir de la Politique Sociale dans un monde qui change, de s’interroger sur les réponses à apporter à la nécessaire satisfaction du bien être humain. Traitant des transformations de l’État providence, le chapitre 9 est sans doute un des plus intéressants. Il pointe les effets de la transition démographique et des transformations de la famille et évoque à ce titre la perspective féministe critique sur les politiques sociales. Mais surtout, l’auteur souligne combien l’intervention de l’État comme fournisseur de services est historiquement récente. Il évoque l’importance, entre l’État et l’individu, de l’ensemble des institutions et activités souvent regroupées sous le terme de « société civile ». Par la même, il invite à réfléchir à la satisfaction et à la production collective du bien être humain au delà des frontières de l’État providence ou du marché. Dans un dixième et dernier chapitre, enfin, l’auteur évoque quatre scénarios possibles et contrastés pour l’avenir allant d’une Providence sans État à un agenda anticapitaliste. Dans ce dernier chapitre, Hartley Dean ne fait pas qu’énumérer le champ des possibles, mais affiche aussi clairement ses positions. À d’autres moments de l’ouvrage déjà, tout en présentant les termes des débats, il ne se prive pas de donner un avis critique comme lorsqu’il évoque les travaux sur la « société du risque » de U. Beck. Sans réelle surprise, il incline vers plusieurs éléments de la perspective anticapitaliste. Mais il invite également à une nécessaire réconciliation entre les luttes pour la redistribution des richesses et celles pour la reconnaissance des identités. S’il appelle de ses vœux le dépassement des frontières de l’État-Providence, à ses yeux, certains éléments de ce dernier peuvent difficilement être dévolus au secteur informel, privé ou volontaire (p. 117). La brièveté de l’ouvrage, en partie liée au choix de la collection « a short introduction », rend parfois le propos court, voire presque trop allusif sur certaines questions. L’ouvrage n’en demeure pas moins une petite synthèse de grande qualité, ambitieuse dans sa volonté d’embrasser un vaste domaine et, comme le souligne la préface, rafraichissante dans son approche. Sa lecture ne peut qu’inciter à se plonger dans d’autres travaux de l’auteur dont les plus récents nourrissent ici la réflexion.

Eric Cheynis.



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