Guy Brucy, Fabienne Maillard et Gilles Moreau, dir., Le CAP. Un diplôme du peuple 1911-2011.

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, 314 p.

par Jacques Girault  Du même auteur

Couverture de l'ouvrage

Les actes du colloque de Poitiers de 2011 « Centenaire du CAP. Apprentissages professionnels, certifications scolaires et société » rassemblent dix-sept approches d’historiens et de sociologues sur le certificat d’aptitude professionnelle né pour permettre l’entrée dans une profession qualifiée. Trois volets s’emboîtent. Tout d’abord, l’évolution du Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale permet de mesurer sa résurrection après transformation dans les années 1990. Notamment Lucie Tanguy le met en perspective. Son rapport, sous le titre « Quelle formation pour les ouvriers et les employés en France ? », avait contribué à diagnostiquer la crise et à préparer une nouvelle orientation où le CAP se trouve « réhabilité, re-professionnalisé, redéfini » (p. 74). Et pourtant à ce vœu répond le constat sous forme d’un autre triptyque, « déscolarisation », « désindustrialisation », « dévalorisation » (p. 201-204). Puis, suivent des exemples contemporains de la valeur professionnalisante du CAP dans des métiers particuliers, traditionnels comme l’imprimerie ou ayant permis l’ancrage industriel dans la région du Nord, le CAP étant aussi une « construction territoriale » (p. 174). Enfin la perception du CAP dans la jeunesse dépend du métier, ici le bâtiment, et de la place qu’il tient dans le type de scolarité et d’apprentissage.

Non reconnu par le patronat à sa création, le CAP doit sa validité pour évaluer la rémunération aux grilles de qualification dans les conventions collectives discutées entre patronat et syndicats sous le Front populaire. Pourtant la délivrance par l’institution éducative laisse prévoir les réticences des tenants de la formation sur le terrain. Malgré cela il s’affirme et se réforme dans les diverses professions. Parfois il a servi de libérateur pour des travailleurs et des travailleuses, souvent aussi, il peut permettre le maintien dans la condition antérieure infériorisée, ainsi pour les ouvrières de l’habillement, les employées du tertiaire ou inversement pour la main d’œuvre masculine à l’extrême dans le secteur du livre.

Mais le CAP n’est pas seulement une construction scolarisée. Il permet de dégager une manière d’élite ouvrière chez les 11 millions de personnes reçues depuis le demi-siècle, dont les deux-tiers pour des hommes, souvent des adolescents entrant dans l’âge adulte. Mis en place bien avant les diplômes créés par l’enseignement technique du brevet d’enseignement professionnel au « bac pro », sa survie s’explique par ses racines populaires et son ouverture vers un emploi théoriquement assuré. Nationalisé dans le cadre de l’enseignement technique, admis puis encouragé par le syndicalisme, soutenu par une partie du patronat, le CAP était devenu, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le symbole de la fierté des ouvriers et des employés. On peut maintenant l’obtenir par des voies diverses. Saura-t-il, comme dans le passé, s’adapter, devenir « une source d’émancipation et un espace susceptible de favoriser le développement de la personne » (p. 295) ?

L’ouvrage riche dans son contenu, soigné dans sa présentation (chaque contribution étant introduite et conclue de façon pertinente), se trouve rehaussé par la soixantaine de documents variés reproduits dans un cahier.


Jacques Girault.


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