Giuseppe Galzerano, Paolo Lega . Vita, viaggio, processo, « complotto » e morte dell’anarchico romagnolo che attentò alla vita del primo ministro Francesco Crispi.

Casalvelino scalo, Galzerano editore, 2014, 1161 p.

par Gaetano Manfredonia  Du même auteur

Couverture de l'ouvrage

En juin 1894, deux jeunes anarchistes italiens – totalement inconnus l’un de l’autre et sans aucun lien entre eux – accomplissent à peu de jours de distance deux attentats, l’un en France et l’autre en Italie, à l’encontre de deux hauts représentants des institutions politiques de ces pays : le président de la République Française Sadi Carnot et le premier ministre du Royaume d’Italie, l’ex-mazzinien et instigateur de la triple alliance, Francesco Crispi (1819-1901). Le premier protagoniste est le Lombard Sante Caserio, le second un jeune originaire des Romagnes, Paolo Lega.

Dans les deux cas, ce qui motive leur passage à l’acte est la volonté de frapper des symboles d’un ordre économique et social exécré, ainsi que le désir de sanctionner la politique répressive que ces deux personnages ont cautionné dans leurs pays respectifs. La manière de procéder est, d’ailleurs, rigoureusement la même. Il s’agit d’attentats commis par des individus isolés qui acceptent à l’avance de sacrifier leurs vies, Caserio en se jetant avec son poignard sur Carnot à Lyon, lors d’une manifestation officielle, Lega en tirant deux coups de pistolet sur le carrosse qui conduit Crispi à la Chambre des députés. Contrairement au président français, toutefois, Crispi sort indemne de l’attentat, ce qui n’empêche pas la vengeance étatique de s’abattre sur Lega. En l’absence de guillotine, l’anarchiste romagnol est condamné à vingt ans de réclusion et meurt en prison en 1896, dans des conditions non élucidées. Autre différence, tandis que le geste de Caserio connaît un retentissement médiatique international considérable, l’acte de Lega est passé sous silence en Italie même. Son procès est expédié en quelques jours, sans doute pour minimiser la portée politique d’un attentant qui, s’il avait réussi, aurait pu infléchir l’histoire du pays.

À plus de 120 ans de distance, l’ouvrage de Giuseppe Galzerano est la première biographie consacrée à Lega. En s’appuyant sur des archives inédites et une consultation quasi exhaustive de la presse italienne de l’époque, il nous fournit une reconstruction fort documentée tant de la vie que du procès et de la mort du jeune anarchiste. Galzerano n’est d’ailleurs pas à son premier essai en la matière. Depuis plus de quarante ans, cet historien qui est né et vit dans la région de Salerne, a consacré l’essentiel de ses recherches à faire connaître les faits et gestes de plusieurs anarchistes italiens partisans de la « propagande par les faits ». Citons notamment les volumes eux aussi particulièrement bien documentés consacrés à Gaetano Bresci, Giovanni Passanante, Michele Schirru et Angelo Sbardellotto. Ces biographies permettent de reconstruire avec une érudition impressionnante le parcours, les motivations mais aussi les réseaux militants auxquels ont appartenu ces « vengeurs » anarchistes, tous pratiquement inconnus en France.


Gaetano Manfredonia.


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