Gianni Haver, Patrick J. Gyger (dir.), De beaux lendemains ? Histoire, société et politique dans la science-fiction, 2002

Haver (Gianni), Gyger (Patrick J.), sous la direction de, De beaux lendemains ? Histoire, société et politique dans la science-fiction. Lausanne, Éditions Antipodes, 2002, 214 pages. « Médias et Histoire »

par Éric Vial  Du même auteur

Issu d’un colloque organisé par la faculté des Sciences politiques de l’Université de Lausanne et la Maison d’Ailleurs, musée et centre de documentation consacré à la science-fiction et installé à Yverdon, cet ouvrage offre, tout à la fois, plus et moins que ce qu’il semble annoncer. Plus, parce que l’approche est résolument pluridisciplinaire, entre Histoire, analyse littéraire et musicale, anthropologie, sociologie, voire architecture et théologie ; moins parce qu’au-delà de cette relative dispersion, la science-fiction dont il est question est presque exclusivement cinématographique, ce qui fait sans doute gagner en impact sur le plus large public ce qui peut être perdu en créativité et en variété par rapport à son pendant littéraire. Ce dernier n’est par ailleurs pas totalement absent, quand est brossée de façon claire et efficace l’histoire des utopies, leur confrontation avec la réalité d’essais de réalisation, et leur évolution vers les anti-utopies, contre-utopies ou dystopies qui, de Zamiatine à Orwell, ont marqué le XXe siècle. De même, un genre particulier, dit cyberpunk, marqué par les symbioses entre l’électronique et l’humain ainsi que par l’exploration du cyberspace, l’univers virtuel des ordinateurs, est analysé pour ce qu’il dit de la définition de l’humain mais aussi de l’évolution des modes de travail — avec des considérations quelque peu convenues sur la « flexibilité ».

Côté cinéma, on s’intéresse à la représentation du pouvoir politique dans les films-catastrophes, marqués par le traditionalisme des valeurs, le patriarcat, la diabolisation de « l’autre » ou par une rhétorique populiste proche de la « démocratie » incarnative tant le président y occupe de place.

On s’intéresse aussi aux liens entre une science-fiction présentant une cohabitation pacifique avec de multiples espèces non-humaines, comme dans Star War, et la recherche d’une société non socialement segmentée, mais aussi le créationnisme ou la cosmologie des Pères fondateurs de l’Amérique. On s’intéresse également aux films dits post-apocalyptiques, comme révélateur d’un certain nombre d’a priori ethnocentristes et hiérarchiques, mais aussi de la perception des risques, avec une évolution sur la base d’une tradition « post-atomique » antérieure même à 1945, renforcée et structurée à partir de stéréotypes de 1950 à 1965, c’est-à-dire après quelques années de latence et avant une période où « on s’habitue » et où la menace nucléaire cède la place à de nouvelles angoisses, parfois militaires avec la guerre bactériologique, mais encore et surtout écologiques, avant que le retour de la guerre froide ne relance le thème de la guerre nucléaire, sous la forme éventuellement d’un équivalent du « western-spaghetti ». Jusqu’à ce que la chute du mur de Berlin y mette un terme, et que l’on revienne aux catastrophes naturelles, ou aux invasions extra-terrestres faute d’ennemi humain implicite.

Si on ajoute l’analyse des ambiguïtés idéologiques du film Total Recall de Paul Verhoeven, la présentation de 2069, film suisse très marqué par les lendemains de mai 68, ou les réflexions architecturales à partir de Dark City, on a bien une série d’analyses portant sur des mises en scène du futur fonctionnant comme des « allégorie(s) des craintes et des espoirs propres à leur époque de production » ou des « loupes ». On voit l’usage que l’historien peut en avoir, même si les perspectives des recherches peuvent être décalées par rapport à sa discipline, et même si certaines affirmations, certains points de vue, pourraient à leur tour devenir des sources, cette fois pour une histoire des intellectuels et de leurs grilles de lecture.


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