Frank Georgi (dir.), Autogestion. La dernière utopie.

Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, 612 pages.

par Georges Ubbiali  Du même auteur

 
Peut-on faire le tour de l’autogestion en un peu plus de 600 pages, ainsi qu’y invite ce volumineux recueil, publication des actes d’un colloque tenu à l’Université Paris I (Centre d’histoire sociale du XXe siècle) ? La réponse pourrait sembler positive si l’on songe que quatre parties (Construire l’autogestion, Les usages politiques de l’autogestion, Changer l’entreprise, changer le travail, Vivre autrement) et pas moins de 45 auteurs sont mobilisés pour décortiquer cette notion, fille de la période des années 1960 et 1970. Il n’est naturellement pas possible d’entrer dans le détail de chacune de ces contributions, aussi diverses d’intérêt, pour certaines, que de superficialité, pour d’autres. Sans doute est-ce la loi du genre, mais elle atteint ici ses limites tant semble patente la volonté de faire figurer dans le livre l’ensemble des communications présentées. Certes cette impression de dispersion n’est pas toujours déplaisante, et même réserve quelques surprises à partir d’un texte offrant un angle inédit.  
L’autogestion est abordée par le biais des revues (la revue du même nom) ou des hommes (Henri Lefebvre ou Pierre Naville, mais aussi, plus inattendu, Hyacinthe Dubreuil) qui l’ont théorisée. Les contributeurs ne manquent pas d’analyser la thématique autogestionnaire pour pratiquement chacun des grands courants du mouvement ouvrier (socialiste, communiste, syndicaliste, extrême-gauche), mais aussi au sein du PS plus particulièrement (Rocard, le CERES, Mitterrand, les GAM ou l’ADELS), preuve s’il en est que la thématique autogestionnaire a innervé la gauche, mais avec de fortes variantes. Les luttes phares de la période, celle de Lip, mais aussi, plus original, l’hôpital ou encore les dockers. Pechiney-Noguères, Talbot-Poissy sont quelques-uns des lieux détaillés qui illustrent la manière dont l’autogestion a saisi le monde du travail. Enfin, l’autogestion est traitée également sous l’angle des « utopies concrètes » qu’elle a générées pour une série d’acteurs : à la Croix-Rousse, dans le monde théâtral, parmi les mouvements étudiants ou lycéens, à la FSGT ou au sein du mouvement féministe. Facettes éclatées du thème autogestionnaire que ne parviennent pas à circonscrire les articles. Sans doute parce que cette hétérogénéité renvoie également à la plasticité de la notion, comme le note avec perspicacité Antoine Prost dans la conclusion. Il est d’ailleurs étonnant de constater le succès de l’autogestion, s’implantant dans une gauche révolutionnaire, hétérodoxe, avant de gagner le milieu du catholicisme social, en particulier son aile chrétienne (CFTC-CFDT) où elle connaît son plein épanouissement, avant de se disperser de nouveau dans le tournant de la rigueur du début des années 1980.  
Si l’on peut regretter que seule une contribution s’intéresse aux développements autogestionnaires hors du cadre hexagonal (contribution de P. Pasture sur la Belgique), on soulignera, en revanche, la qualité des illustrations issues pour une large part du fonds PSU conservé au CHS. Au total ce livre charmera le lecteur comme savent le faire les vieux musées, surchargés et un peu fourre-tout, dont on ressort plus riche que l’on n’y est entré, mais guère plus orienté. Notons qu’une bibliographie finale aurait mérité d’enrichir l’ensemble.

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