François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l’Afrique du Sud, 2006

Fauvelle-Aymar (François-Xavier), Histoire de l’Afrique du Sud. Paris, Seuil, 2006, 472 pages. « L’univers historique ».

par Simon Imbert-Vier  Du même auteur

De sa double formation, philosophe et historien, François-Xavier Fauvelle-Aymar a conservé l’habitude de la pluralité des approches : « Peut-on faire de l’histoire en n’étant qu’historien ? » (p. 21). Après de premières études sur Cheik Anta Diop puis sur l’africanisme, il s’est concentré depuis plusieurs années sur l’Afrique australe où il est actuellement en poste. À plusieurs publications sur cette région, particulièrement sur les questions de la représentation et de la fabrication des identités, succède donc maintenant un ouvrage plus large, une Histoire de l’Afrique du Sud.

L’introduction précise le propos : « L’enjeu principal d’une histoire de l’Afrique du Sud est donc bien celui-ci : parler ensemble des Blancs et des Noirs, du passé des groupes et des individus qui se sont trouvés, au présent, victimes d’un projet politique de séparation ». (p. 23). « Le pari est ici de transposer le récit de l’histoire des Sud-Africains – Blancs compris – dans une problématique familière aux spécialistes de l’Afrique et aux historiens des nationalismes, celle de la construction des identités collectives » (p. 28). Pour cela l’auteur se propose de traiter cinq thèmes. Les deux premiers (« Les noms ont une histoire », « Peuplement et identité ») posent des problématiques multi-disciplinaires par la description et l’étude de processus généraux. Les trois derniers (« Les pouvoirs et le territoire », « La guerre » et « Reconstruction, ségrégation, réconciliation ») définissent en fait une périodicité (des temps pré-coloniaux à la prise de possession britannique, la réalisation des territoires jusqu’au début du XXe siècle, l’apartheid).

Le premier chapitre est une analyse de la relation entre identification « ethnique » ou identitaire et réalité sociale, et de la sursignification et la polysémie du vocabulaire utilisé pour désigner les groupes ou les individus. Sans détailler les nombreuses situations étudiées, notons par exemple que lors de l’apartheid et de la définition administrative des « races », « il existait des “Blancs” foncés de peau aussi bien que des gens “de couleur” on ne peut plus blancs. Bref, l’appartenance raciale est autant affaire de couleur de peau que d’identité sociale » (p. 49).

Le deuxième chapitre retrace l’histoire du peuplement de l’Afrique australe, et les origines multiples de ses habitants. Populations « d’origine » (Koesan, Xhosa…), colons européens (Hollandais et Anglais principalement), mais aussi les travailleurs « importés » : Africains, Indiens, Malais, Chinois… L’évolution de ces populations et de leurs statuts crée de nouvelles catégories, parfois paradoxales, entre lesquelles les individus circulent de façon plus ou moins fluide. « Il est significatif que la plus ancienne production “sérieuse” d’écrits en afrikaans (…) soit à mettre au crédit, à partir des années 1830, de l’élite musulmane de la communauté coloured du Cap, descendante des anciens esclaves ; l’afrikaans est alors écrit en caractères arabes » (p. 165).

Les trois derniers chapitres mettent dans une perspective historique les différentes étapes de la fabrication de l’Afrique du Sud et des groupes qui la composent. Retraçant l’arrivée des populations, leurs mouvements et leurs affrontements, ils montrent l’exclusion des Africains, symbolisée par la guerre anglo-boer de 1899-1902 qui unifie les « Blancs » (divisés en « tribus » anglophone et néerlandophone) face aux « Noirs », jusqu’à la description de l’apartheid mis en place durant la seconde moitié du XXe siècle et sa chute. Nous y retrouvons encore tous les paradoxes des processus identitaires, dont tous les éléments de vocabulaire se retrouvent en Afrique australe (« ethnique », religieux, géographique, culturel, linguistique, économique…).

Cet ouvrage, qui mobilise une importante documentation principalement non-francophone, permet à un large public d’avoir accès à une vision générale de la réalité de l’Afrique du Sud et de ses enjeux. À un moment où la question des communautés, des origines et des identités, revient dans le débat français il permet de s’interroger sur tous les paradoxes et contradictions que portent ces problématiques, mais aussi de rappeler les drames que leur exacerbation peut amener.


Auteur d'ouvrage recensé

Thème

Période

Pays