Filippo Turati, Rifare l’Italia, 2002

Turati (Filippo), Rifare l’Italia. Introduzione e cura di Carlo G. Lacaita. Bari-Rome, Pietro Lacaita Editore, Manduria, 2002, 151 pages.

par Michèle Merger  Du même auteur

C’est grâce à l’initiative de la Fondazione di Studi Storici Filipo Turati, qui a entrepris depuis plusieurs années la publication de la vaste correspondance et des nombreux écrits de Turati, que ce volume voit le jour. Il correspond à la réédition de l’un des discours les plus importants – et les plus étudiés – que le leader socialiste italien – fondateur, rappelons-le, de la revue Critica Sociale – a prononcé à la Chambre des députés le 26 juin 1920, à l’occasion de la formation du cinquième et dernier gouvernement Giolitti c’est-à-dire à une époque où la Péninsule connaissait une grave crise économique, sociale, politique et morale qui allait conduire à l’arrivée au pouvoir de Mussolini.

S’opposant au programme du futur gouvernement, le discours de Turati insiste sur la nécessité d’effacer les grandes plaies de la guerre, de favoriser un développement économique soutenu et de mettre un vaste plan d’aménagement du territoire. Turati propose à ses collègues et à la nation toute entière de réduire le nombre des fonctionnaires et de combattre la corruption administrative afin d’obtenir une plus grande efficience des services publics. Il suggère la baisse de certaines dépenses – dépenses militaires notamment – au profit d’une amélioration des investissements en faveur de l’instruction publique et de la recherche. Le plan d’aménagement du territoire devait, selon lui, permettre d’électrifier les villes et les campagnes, de développer l’irrigation et de mettre en valeur des terres incultes non seulement dans le Sud du pays et les îles, mais aussi en Vénétie, en Toscane et dans le Latium en prenant comme exemple celui des coopératives qui avaient été créées dans les régions de Ravenne et de Ferrare. Comme le souligne Carlo G. Lacaita dans l’introduction, il s’agit d’une sorte de New Deal ante letteram.

Turati confirme à travers ce long discours sa démarche de socialiste réformiste et, contrairement à ce que pensent alors bon nombre de ses collègues, il se montre profondément convaincu de la nécessité d’obtenir une plus grande cohésion sociale en favorisant le rapprochement entre les milieux populaires et la bourgeoisie. Cette conviction ne réussira pas à s’imposer, mais il est indéniable qu’elle révèle avec quel discernement Turati analyse la situation troublée de la société italienne au lendemain de 1918.



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