Davide Bagnaresi, Vivere a Rimini negli anni della Grande Guerra. La quotidianità tra bombardamenti, terromoti, fame e profughi.

Rimini, Panozzo Editore, 2015, 192 p. Préface de Paolo Zaghini.

par Johan Vincent  Du même auteur

Couverture de l'ouvrageLe tourisme a longtemps et faussement été considéré comme antinomique de la guerre. Les travaux pionniers de John Walton à ce sujet rencontrent désormais un plus large écho, pour nous aider à comprendre, dans leur globalité, comment les populations mondiales ont pu vivre durant quatre années de guerre. Afin de nous faire comprendre cette réalité, Davide Bagnaresi, chercheur à l’Université de Bologne, a opté pour la station balnéaire de Rimini. Le propos est chronologique et factuel.

Rimini est une station balnéaire avec un port, autour de laquelle la population travaille majoritairement dans l’agriculture. La saison estivale 1914 débute par les manifestations habituelles (concerts, courses cyclistes). L’annonce de la mort de l’archiduc François-Ferdinand, le 28 juin, est un choc. Le mécanisme prévu dans les traités internationaux déclenche la guerre. Tandis que la presse vante l’éloignement du front pour que se poursuive une saison désormais sans touristes, un comité de secours est constitué pour les émigrants italiens rapatriés d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie.

L’Italie est un pays resté neutre jusqu’au 23 mai 1915. Au quotidien, les habitants s’arrangent avec les désagréments liés au conflit. La navigation portuaire est gênée par le minage de la mer Adriatique. La future saison balnéaire estivale est préparée avec incertitude, tandis que l’hôtel Hungaria subit un incendie. Ces observations confortent l’idée qu’il faut réhabiliter, pour la période précédent l’entre-deux-guerres, la saison estivale en Méditerranée, encore éclipsée dans notre esprit par les séjours hivernaux. À ces difficultés s’ajoutent les débats politiques qui travaillent la société italienne. Une nouvelle gare ferroviaire ouvre en novembre 1914 (signalons une erreur de date dans la légende de la photo p. 37).

En mai 1915, comme toute l’Italie, Rimini entre en guerre. Davide Bagnaresi nous montre que la vie continue ; c’est même un titre de partie. Du fait de sa proximité avec l’Autriche-Hongrie, Rimini est la première ville italienne bombardée (24 mai) et subit ces pilonnages nautiques ou aériens durant tout le conflit. Elle vit au rythme des règlements de défense passive et des arrestations pour espionnage. Notons qu’un train armé de canons emprunte la voie ferrée qui longe la côte pour dissuader et repousser les éventuels bateaux militaires ennemis qui s’approcheraient (avec une photo en p. 79) – un équipement qui fonctionnera à nouveau durant la Seconde Guerre mondiale.

L’économie de guerre, si elle prend une très large part du quotidien, n’apparaît pas totale durant cette période. C’est tout l’avantage d’avoir choisi un angle d’approche très factuel. L’industrie du tourisme a bénéficié de modestes saisons touristiques en 1916 et 1917. Les commerçants sont néanmoins en difficulté et les propriétaires des petites villas résistent à la réquisition de leur propriété, quand le gouvernement et le Comité de secours prévoient une capacité d’accueil portée à 45 000 personnes à Rimini. Il subsiste même des moments festifs, comme des représentations et des carnavals, mais souvent en faveur des régiments militaires ou du Comité de secours. Davide Bagnaresi n’omet pas de remarquer la force promotionnelle de ces activités, à travers l’écho qu’en donnent les journaux.

Même une catastrophe naturelle comme le tremblement de terre du 17 mai 1916, à l’origine de la destruction d’un millier d’édifices, détourne une partie de l’effort de guerre, certes modestement puisque ce ne sont que 200 soldats qui sont détachés. La guerre reste tout de même toujours présente, en fond. La population connaît quelques élans de défaitisme (élan pacifiste en 1916, distribution de brochures interdites dans le second semestre 1917, mouvements agricoles de mars 1918…).

Le retour à la normale ne se fait qu’au cours de l’année 1919. L’ouvrage se termine par l’évocation d’une course cycliste « patriotique », Rome-Trente-Trieste, passant à Rimini en 1919, bouclant cette ellipse de la guerre par un clin d’œil à l’étape qui eut lieu la veille des événements qui déclenchèrent le conflit. L’auteur, à travers de multiples, et parfois infimes, détails, nous livre des pans entiers de la vie civile quotidienne d’une petite cité littorale : cette population – la masse silencieuse, comme on peut l’appeler dédaigneusement – qui a passé le temps de la guerre sans doute pas si indifférente aux événements. Cet ouvrage est paru au même moment que la mise en place, à Rimini, d’une exposition sur le sujet, en fin d’année 2015.

Johan Vincent



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