Catherine Coquery-Vidrovitch, Petite histoire de l’Afrique. L’Afrique au Sud du Sahara de la Préhistoire à nos jours

par Pascale Barthélémy  Du même auteur

Parce qu’il n’est d’histoire que contemporaine, cette Petite histoire de l’Afrique au sud du Sahara devrait assurément rencontrer un large public. L’objectif est en effet autant scientifique que citoyen : « admettre la complexité de l’histoire sans tabou et sans complexe, pour espérer mieux penser l’avenir » (p. 184). Excellente spécialiste de l’histoire des sociétés africaines, Catherine Coquery-Vidrovitch embrasse en 200 pages l’histoire du continent depuis la Préhistoire. Informé par un demi-siècle de travaux fondamentaux, le livre privilégie la longue durée – comme l’auteure avait déjà choisi de le faire en 1985 dans Afrique noire. Permanences et ruptures – tout en posant des questions très actuelles. Elle restitue ainsi de façon accessible et nuancée, sans irénisme mais sans sombrer dans l’afro-pessimisme, une histoire dont il est toujours nécessaire de rappeler qu’elle ne se résume pas à celle de la colonisation, qualifiée « d’épisode certes majeur mais non exceptionnel » (p. 20).
Dans un premier chapitre, consacré aux méthodes et aux sources, l’historienne entreprend de bousculer quelques idées reçues, tout en rappelant des fondamentaux : l’Afrique « noire » et la période « précoloniale » sont bien des constructions occidentales ; la traite atlantique eut ceci de spécifique au regard des autres traites (méditerranéenne ou orientale) qu’elle détermina « une fois pour toute la couleur des esclaves » (p. 13) ; l’Afrique est un immense continent et non une entité homogène. Les chapitres 2 à 5 abordent ensuite les structures de l’Afrique ancienne et leur évolution : l’environnement, le climat, la démographie sont traités à partir des recherches les plus récentes. Comme dans tous ses travaux, Catherine Coquery-Vidrovitch écrit l’histoire à partir de l’Afrique et non de l’Europe ou du reste du monde. Elle insiste sur l’intégration ancienne du continent à l’histoire mondiale, grâce au commerce de l’or et du sel, grâce aussi aux migrations, qui n’ont jamais cessé. L’analyse ne fait pas l’impasse sur les mauvaises conditions écologiques comme sur la silhouette compacte du continent, qui ne permit pas une intensité d’échanges aussi grande que dans d’autres régions du monde. Mais elle montre bien que cette donnée géographique ne suffit pas à faire de l’Afrique une terre engluée dans l’immobilité. Bien davantage, elle insiste sur les capacités d’initiative et de résistance des peuples. Ces premiers chapitres sont aussi l’occasion de mises au point bien venues : sur les ethnies et le « tribalisme » (p. 54-55), sur les castes et les esclaves, ou sur le « rôle essentiel des femmes » (p. 77-78). Aucun angélisme ici : les inégalités sociales et sexuées sont bien présentes, et expliquées (p. 70). À partir du sixième chapitre, l’ouvrage reprend le fil du récit chronologique tout en poursuivant son objectif de décentrement et de banalisation de l’histoire africaine. L’accent est mis sur l’impact des traites et de l’esclavage (chap. 7) puis sur « l’indépendance africaine au XIXe siècle » (chap. 8). Le titre même de ce chapitre souligne que, jusqu’aux années 1880 au moins, l’essentiel des sociétés africaines échappa à la domination européenne. En toute logique, les cinq dernières décennies sont réduites à la portion congrue : une vingtaine de pages seulement traitent de l’Afrique depuis les années 1950 et, sur ce point, l’ouvrage de Frederick Cooper récemment traduit L’Afrique depuis 1940, également destiné au grand public, vient utilement compléter celui-ci.
Au bout du compte, c’est avec un remarquable esprit de synthèse et dans un style percutant et très agréable que l’historienne s’adresse « à un public français et francophone non spécialiste » (p. 7). Certes, l’exercice conduit parfois à procéder par allusions et généralisations, mais le tour de force consistant à articuler le récit global à des exemples concrets est réussi. Le livre refermé, le rêve bien occidental d’une Afrique sans histoire, traditionnelle, mystérieuse et immuable, ne résiste plus guère à la réalité de la démonstration.

Pascale Barthélémy



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