Caroline Kurhan, Touristes et tourisme dans la vallée du Nil (1869-1952)

Paris, Éditions Riveneuve, 2017, 143 p.

par Johan Vincent  Du même auteur

Couverture de l'ouvrageL’activité touristique est ancienne en Égypte. Les travaux scientifiques portant sur cette thématique sont pourtant très peu nombreux. Caroline Kurhan estime que le tourisme est « lancé » en 1869, à l’occasion des fêtes de l’inauguration du canal de Suez. C’est aussi et surtout l’année du premier groupe de touristes amené par l’agence de voyage britannique Thomas Cook, qui y étendra durablement son empire – pour reprendre le titre de la thèse de Marie-Élise Palmier-Chatelain (L’autre empire sur le Nil). Selon son titre, le livre s’arrête au moment de la révolution égyptienne, qui renverse Farouk Ier d’Égypte et qui met fin, quelques années plus tard, à la présence militaire britannique. Il n’y a toutefois quasiment aucune référence à la situation touristique durant la Seconde Guerre mondiale et après celle-ci.

On pourrait penser que l’angle adopté sera celui des Britanniques, mais ce n’est pas le cas. Caroline Kurhan a choisi d’explorer l’activité touristique uniquement sous l’angle des guides touristiques francophones – à l’exception d’un guide Bradshaw de 1860. Ils sont parfois antérieurs à la date annoncée de 1869 (comme le voyage de Gustave Flaubert effectué en 1849-1850). Les Britanniques et les Américains, quand ils sont évoqués, sont perçus selon le point de vue des Français. C’est une des limites de l’ouvrage.

Les guides touristiques sont une source difficile à manier. Le chapitre 7 effleure les enjeux de ces guides. Le croisement avec d’autres sources est souvent nécessaire (archives administratives, journaux…), pour essayer d’approcher une réalité complexe. Caroline Kurhan a déjà mobilisé des archives inédites pour ses ouvrages précédents. Mais tous ces pans n’ont pas été exploités. Au final, le propos est essentiellement descriptif : il repose énormément sur une citation textuelle des guides. Cela donne parfois un sentiment d’empilement de sources.

Caroline Kurhan n’a, certes, pas eu la tâche facile. La bibliographie sur l’histoire du tourisme en Égypte est malheureusement encore famélique. Cet ouvrage présentait donc d’autant plus d’intérêt, même si l’ouvrage d’Oleg Wolkoff, Comment on visitait la vallée du Nil : les guides de voyage (1967) s’appuie déjà sur les sources qu’elle exploite. Les rares références disponibles (six références relevées dans les notes) sont mobilisées, mais elles ne permettent pas d’acquérir le recul nécessaire pour aborder les multiples formes du tourisme égyptien.

Certains tourismes sont donc analysés plutôt pour la forme : le tourisme thermal n’a droit qu’à deux-trois pages. Le chapitre 12 sur l’ascension des pyramides repose sur une description de Roland Dorgelès. Le lecteur constatera néanmoins l’effort d’avoir mis en relation le texte et le livret d’images d’une trentaine de pages.

Cet ouvrage peut apparaître comme une première pierre pour aborder l’histoire du tourisme en Égypte. Il importe maintenant de mieux creuser le sillon. Une confrontation avec le renouvellement historiographique du tourisme est nécessaire : sur les hôtels, avec les travaux rassemblés lors de la publication Pension complète !, ou les publications de Colette Zytnicki (à partir du cas algérien) ; sur la gastronomie (les publications des presses universitaires François-Rabelais ne manquent pas, à travers leur collection « Tables des hommes », entre autres) ; sur des périodes spécifiques, comme les guerres mondiales (une phrase p. 102, c’est un peu court)… Le chapitre 13 laisse à penser que le tourisme mondain est éternel entre 1869 et 1952. Que ce livre soit une invitation à titiller les imaginations et à parfaire la connaissance sur le tourisme en Égypte !

Johan Vincent



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