Antoine Prost, Regards historiques sur l’éducation en France XIXe-XXe siècle, 2007

Antoine PROST, Regards historiques sur l’éducation en France XIXe-XXe siècle. Paris, Belin, 2007, 271 pages. « Histoire de l’éducation ».

par Christian Chevandier  Du même auteur

Dans Le Monde de l’éducation, Antoine Prost a assuré une chronique mensuelle à partir de 2001. Les textes en sont rassemblés dans ces Regards historiques, le titre même de l’ouvrage insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une vision d’ensemble ni d’un manuel. Six parties pour 56 articles, une chronologie des textes législatifs et réglementaires, des index, le recueil n’en est pas moins un instrument de travail. La nature même des textes incite à chercher une concordance des temps, d’un Ferry à l’autre, à tenter de reconnaître un thème très contemporain dans l’étude d’une pratique ancienne. C’est bien la pérennité de nombre de ces questions qui souligne ainsi l’intérêt particulier d’une approche d’historien. C’est aussi une défiance à l’égard de l’anachronisme que l’on ne retrouve pas toujours chez les chercheurs d’autres sciences sociales. Les précautions méthodologiques sont ainsi exposées avant toute comparaison entre les performances d’écoliers confrontés dans les années 1870 à la dictée itinérante de l’inspecteur général Beuvain et celles des collégiens du même âge qui l’ont découverte plus d’un siècle plus tard.

Le point est donc fait ici par un spécialiste de l’histoire de l’éducation sur nombre de thèmes, à partir de travaux universitaires peu diffusés, thèses ou maîtrises, de rapports officiels mais également d’archives inédites. L’une d’entre elle, dénichée aux Archives nationales, est publiée, un texte du président Pompidou qui, en des considérations alors surprenantes de la part d’un président de la République, s’inquiétait en mars 1971 de l’agitation dans les lycées et proposait un certain nombre de recettes de remise en ordre. Il nous révèle ainsi l’idée qu’il se faisait de la fonction avant tout répressive des chefs d’établissement (« Il faut persuader les faibles, les timides, les agités de renoncer à leurs fonctions »). Surtout, il n’avait qu’une conception prudente de la liberté pédagogique : « Il faut donner un contenu strict et obligatoire au programme de philosophie et d’initiation à l’économie ». Même l’histoire contemporaine l’inquiétait : « On ne doit étudier la période 1940 à nos jours qu’en terminale et avec beaucoup de précaution », mise à distance de la geste du Général somme toute peu étonnante de la part de ce gaulliste tardif.

Ce livre n’est pas pour autant une histoire de l’institution scolaire (qui n’est cependant pas absente, comment pourrait-elle l’être ?), mais bien une histoire sociale de l’éducation en France, qui ne néglige pas l’impact de nombre de facteurs tel l’état du marché du travail, lorsque les élèves absents ne font pas l’école buissonnière mais travaillent, notamment dans l’agriculture. Et l’école n’en est pas la seule instance, puisque les colonies de vacances, le scoutisme (auquel l’Église catholique fut dans un premier temps réticente), les Auberges de jeunesse ont toute leur place dans cette approche. Six principales parties regroupent ces chroniques : « Éducation et société », « Autour d’un homme » (l’index permet de percevoir l’influence des individus qui ne se résume pas à ces cinquante pages), « Institutions » (dans l’ensemble de l’ouvrage, quatre chroniques, dont deux qui leur sont spécifiquement consacrées, permettent de mettre les IUFM en perspective), « Pédagogies », « La question scolaire » et « Diplômes » (du « bon vieux certificat d’études » au Bac pro, dont la création achevait, un quart de siècle plus tard, la réforme du premier cycle adoptée par De Gaulle en 1963).

A la lecture de ces pages, par l’influence que l’on perçoit ainsi de nombre d’hommes politiques (François Guizot, Jules Ferry bien sûr, Jean Zay, Edgar Faure, Alain Savary,…), d’intellectuels et de praticiens (Célestin Freinet, Paul Langevin, Henri Wallon,…), de syndicalistes et du syndicalisme, tous acteurs de la vie de la cité et dans la cité, c’est l’importance des réformes (au sens réel du terme, qui implique la recherche de l’intérêt du plus grand nombre) de l’éducation qui est ici démontrée. En deux siècles, et dans une continuité faite de progrès plus que d’innovations (ainsi, l’obligation scolaire de Jules Ferry fut de fait une prolongation de la scolarité), la société française n’a cessé de tenter d’améliorer les modalités de la formation des générations qui se sont succédées.

Par leur caractère inédit, par des éléments nouveaux sur un sujet d’importance ou parce qu’elles abordaient un champ encore largement en friche (telle cette approche de l’origine des Zones d’éducation prioritaires qui oblige à prendre en compte l’attitude de l’administration scolaire pour les cités d’urgence de l’abbé Pierre et souligne la limitation à 15 élèves les effectifs par classe de l’école du Port de Gennevilliers au milieu des années 1960), ces chroniques s’étaient révélées indispensables pour quiconque tente de comprendre le monde de l’éducation en France lors de ces deux derniers siècles. L’auteur, qui se proclame dès la troisième ligne « pédagogue impénitent et fier de l’être », a voulu par ce recueil les mettre plus largement à la disposition des lecteurs.



Auteur d'ouvrage recensé

Thème

Période

Pays