Annie Angremy et Michel Trebitsch (dir.), Jean-Richard Bloch ou l’écriture et l’action, 2002

Angremy (Annie), Trebitsch (Michel), sous la direction de, Jean-Richard Bloch ou l’écriture et l’action. Paris, Bibliothèque nationale de France, 2002, 335 pages.

par Colette Avran  Du même auteur

Créée en 1993, l’association Études Jean-Richard Bloch se consacre à faire découvrir ou mieux connaître l’œuvre d’une personnalité de premier plan de la vie intellectuelle française du premier XXe siècle, quelque peu tombée dans l’oubli après sa mort en 1947, jusqu’à ce que des chercheurs comme Madeleine Rebérioux attirent à nouveau l’attention sur elle. Le colloque organisé en collaboration avec la BnF en 1997 et dont les Actes sont publiés dans le présent volume accompagnait une exposition réalisée à partir du remarquable fonds Jean-Richard Bloch, archives, correspondances, carnets, etc., donné à la Bibliothèque nationale par la famille de l’écrivain. L’écriture et l’action : il s’agissait, pour les organisateurs de cette rencontre, d’éclairer, à travers le rapport dialectique entre ces deux termes et la « tension qui a marqué toute sa vie », le parcours de Jean-Richard Bloch.

La première partie, « l’écriture en action », donne la mesure de toute la richesse de l’œuvre de Bloch, saisie dans sa variété (roman, théâtre, essai, journalisme écrit et parlé, etc.), et cherche à dessiner, au fil des études ponctuelles (Et Cie…, Sybilla, La Nuit kurde, etc.) ou thématiques, la ligne parfois brisée d’une réflexion sur l’art, l’avant-garde, l’idéal de l’artiste, la possibilité d’une écriture engagée du réel. La seconde partie, « de l’écriture à l’action », articule les moments de l’engagement de Jean-Richard Bloch – dreyfusisme, socialisme, pacifisme, antifascisme, entrée en communisme – avec les grandes interrogations qui traversent sa vie – question juive, relations avec l’Allemagne, nécessité d’une vision véritablement internationale de la politique appuyée sur une connaissance concrète des lieux (Espagne, Palestine), réflexion sur la modernité.

Dans la plupart des contributions, la rencontre entre les questionnements littéraires et historiens, souhaitée par les organisateurs du colloque, se fait remarquablement fructueuse. L’enracinement des choix d’écriture dans un itinéraire personnel semé d’épreuves et marqué par les guerres est analysé sans téléologie. Les récits documentaires et les correspondances ne sont pas artificiellement dissociés de genres plus nobles de la création littéraire. C’est bien d’une œuvre qu’il s’agit, et la dernière partie, « retour aux sources », présente avec beaucoup de finesse le matériau multiple qui la constitue, matériau disparu des écrits perdus pendant la guerre, matériau enrichi récemment par l’ouverture de fonds à Moscou, ou par le dépôt à la BnF de correspondances écrites par J.-R. Bloch ou adressées à lui, que Michel Trebitsch replace dans « l’espace épistolaire » essentiel pour comprendre la France intellectuelle et politique de la première moitié du XXe siècle. Hommage juste et critique à une personnalité créatrice, à la fois enthousiaste et angoissée, l’apport croisé de ces vingt-cinq contributions permet, sans dogmatisme ni typologies artificielles, de parcourir l’ensemble du spectre qui va, chez un même homme, de l’engagement total à la posture critique ou au silence, au cœur d’une période particulièrement soumise à la violence de l’histoire.



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