Andrea Ragusa (éd.), Riccardo Lombardi – Lettere e documenti…, 1998

Ragusa (Andrea), édition de, Riccardo Lombardi – Lettere e documenti (1943-1947). Manduria-Bari-Rome, Piero Lacaita, 1998, 194 pages, « Strumenti e fonti ».

par Éric Vial  Du même auteur

Ce volume présente un échantillon des 3 000 documents du fonds Riccardo Lombardi déposés à la Fondazione di Studi Storici Filippo Turati à Florence, avec des compléments venus de l’Istituto di Storia della Resistanza in Toscana et de l’Istituto nazionale per la Storia del Movimento di Liberazione in Italia de Milan.

Sicilien, né en 1901, ingénieur, catholique venu de la gauche du parti populaire, antifasciste actif depuis 1926, arrêté et durement tabassé à Milan en 1930, Lombardi fait partie en 1942 des fondateurs du Pd’A – Parti d’Action –, parti clandestin d’intellectuels socialistes et libéraux-démocrates, décentralisateur, autogestionnaire, héritier de Carlo Rosselli et de Giustizia e Libertà, très actif dans la Résistance. Il le représente au sein du CLNAI, le Comité de Libération Nationale pour l’Italie du Nord qu’il a contribué à fonder. Préfet de Milan à la Libération, ministre des Transports fin 1945, il est secrétaire en 1946 de son parti, dont l’éclatement en 1947 le mène au PSI, dont il devient un des responsables, et une des consciences, jusqu’à sa mort en 1984.

Une première série de 45 documents offre lettres envoyées et reçues, correspondances entre dirigeants de la Résistance parvenues au titre du CLNAI, rapports reçus comme préfet. Les 21 suivants mêlent manifestes, rapports, motions, comptes-rendus, concernant le Pd’A et la Résistance, plus deux interviews. Si l’ordre thématico-chronologique peut être malcommode, et si les sources elles mêmes ne peuvent être remplacées par une sélection, celle-ci touche un très grand nombre de sujets, la résistance et la répression – des réquisitions de véhicules à la surveillance des bandes armées de Salò –, la tentative de Mussolini aux abois pour transmettre officiellement le pouvoir à la gauche, l’épuration en particulier dans la grande industrie et la finance, le blocage des licenciements à la Libération, le programme du Pd’A, son implantation clandestine puis à ciel ouvert après 1945 – par exemple dans les vallées vaudoises –, l’organisation de son journal et un projet de mouvement féminin, la nécessité de fonder plus que de restaurer la démocratie en Italie, les dangers de rupture entre Nord et Sud, les réformes espérées – justice fiscale, décentralisation abolissant le système préfectoral, démocratie directe à partir de CLN locaux et d’usine, profonde réforme agraire, coopérativiste et tenant compte des réalités locales , etc.

C’est dire que ce volume peut fournir des indications utiles à propos de tel ou tel thème, mais cette mosaïque de thèmes ne doit pas faire oublier que, tout mis bout à bout, on a surtout un éclairage sur la transition démocratique en Italie, entre lutte armée et débats politiques, et sur une tradition politique qui connaît un échec en tant qu’organisation, mais dont on retrouve ensuite les hommes et les idées dans la gauche démocratique italienne, au parti républicain avec La Malfa ou au PSI avec, justement, Lombardi.



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