André Narritsens, Résistances : Nay-en-Béarn (1939-1944).

S.l., Institut CGT d’histoire sociale des Pyrénées-Atlantiques, 2015, 324 p.

par Antoine Prost   Du même auteur

Couverture de l'ouvrageNay, entre Pau et Lourdes, était en 1936 une petite ville de 3 200 habitants. Des usines y fabriquaient des bérets et des meubles ; les grèves avaient marqué le Front populaire et l’implantation communiste était forte. L’histoire que raconte A. Narritsens mérite le pluriel. En effet, à côté des FTP, très actifs, un corps-franc se manifeste à partir du 6 juin 1944 et des guerilleros espagnols ont organisé non loin de là une base, mais n’interviennent pas.

L’auteur, qui a déjà publié plusieurs ouvrages sur Nay et une histoire du syndicat des Impôts, a exploité les archives disponibles, la presse, les témoignages écrits, et il a interviewé une quarantaine des militants de l’époque, dont, à Berlin, le responsable envoyé à Nay en 1942 par le PCF, un communiste allemand passé dans la clandestinité à la fin de l’année.

L’intérêt de son livre est d’abord de montrer comment le PCF s’est reconstitué et grâce à quelles solidarités multiples les résistants ont survécu. Voici par exemple (p. 106) le trajet du pain du maquis : un meunier transmet la farine à un boulanger ; la femme de celui-ci dépose le pain chez une buraliste ; de là, un résistant le transporte à une forge désaffectée où un camion des Ponts-et-Chaussée le prend pour l’acheminer jusqu’à une ferme dans la montagne.

Il est ensuite d’illustrer la guérilla des FTP, l’attaque de la gendarmerie de Nay le 23 août 1943 qui fait grand bruit, les sabotages plus ou moins réussis, les accrochages, la façon dont la connaissance du terrain – une connaissance que partage l’auteur – permet au groupe FTP d’éclater, de franchir les barrages et de se reconstituer sans jamais s’installer durablement. Ce mode d’action est très différent de celui du corps-franc qui s’organise et intervient de façon militaire. FTP et corps-franc agissent sans aucune concertation : ils se sont rencontrés une seule fois, le 9 juin. Cette activité suscite une répression. Celle de Vichy en 1943 semble minée par le noyautage de la police. Elle distingue nettement le groupe de FTP d’un groupe de réfractaires au STO qui se cachent. Après le débarquement, la contre-guérilla des Allemands est très violente, avec des affrontements sanglants qui donnent aux deux mois qui précèdent la libération un caractère très différent des précédents.

Ce livre est un hommage aux résistants : les principaux font l’objet de notices en annexe et Narritsens ne signale pas une action ou une rencontre sans donner les noms des acteurs, ce qui peut lasser les lecteurs étrangers au pays de Nay. Mais il peut leur faire découvrir ce que fut, comme l’on dit aujourd’hui, la résistance au quotidien.

Antoine Prost



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