Amaury Lorin et Christelle Taraud, dir., Nouvelle histoire des colonisations européennes XIXe-XXe siècle. Sociétés, cultures, politiques.

Paris, Presses universitaires de France, 2013, 234 p.

par Claire Fredj  Du même auteur

Couverture de l'ouvrage

L’histoire des colonisations et des empires, qui jouit en ce début de XXIe siècle d’une faveur certaine, a entraîné, ces dernières années, la publication d’ouvrages nombreux. Le collectif dirigé par Amaury Lorin et Christelle Taraud, Nouvelle histoire des colonisations européennes, est conçu comme la continuation d’un séminaire tenu à Sciences-Po plusieurs années durant. Seize contributions le composent, couvrant la période 1820-1972 et concernant les principales sociétés impériales (France, Royaume-Uni, Allemagne) ainsi que des puissances coloniales considérées comme secondaires (Belgique, Italie, Portugal), sans toutefois que les Pays-Bas, l’Espagne ou la Russie ne trouvent place dans ce recueil.

Il s’agit ici de proposer une « nouvelle histoire comparée des colonisations européennes », l’Europe s’étant en partie construite sur des projets impériaux et la colonisation, fait « européen », étant partie prenante de l’histoire de l’Europe – encore faudrait-il davantage étayer ce postulat. Trois objectifs ambitieux sous-tendent les contributions : montrer en quoi la composante coloniale est une donnée fondamentale de l’histoire européenne ; mettre en lumière la variété des « répertoires impériaux », la diversité des structures et des statuts ; insister sur la complexité de la « rencontre coloniale », les bouleversements individuels et collectifs induits par cette situation. À partir de ces grandes interrogations, les contributions se distribuent en trois parties : « Construire l’Empire », surtout centrée sur le début des colonisations, « Acteurs et pratiques des colonisations européennes », évoquant des expériences individuelles ou collectives d’acteurs et de groupes sociaux confrontés au fait colonial, enfin « Violence en situation coloniale », consacrée aux formes particulières et spécifiques de violences, souvent extrêmes, exercées en situation coloniale, une thématique où pourraient se trouver certains textes de la première partie.

Il n’est pas question de rendre compte de chacun des chapitres. Certains de ces textes sont le fait de chercheurs confirmés, la plupart sont rédigés par de jeunes docteurs ou des doctorants. Il peut s’agir de l’étude de groupes (« Les gouverneurs généraux de la France coloniale (1880-1914) : servir la République aux colonies », « La légende coloniale des Corses. Les Corses et l’empire colonial français (XIX-XXe siècle) », « La revendication de la nationalité française par les Juifs de Tunisie (1881-1939) », « Les soldats marocains dans le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient ») ou d’individus (« Une conquête pacifique ? Auguste Pavie, l’explorateur aux pieds nus (Cambodge-Laos, 1876-1905) » ; « L’asiatisme anticolonialiste et anti-impérialiste de Georges Clemenceau (1885-1929) », « Indochine SOS : Andrée Viollis et la question coloniale (1931-1950) »), de lieux symboles de la colonisation (« Tourisme et colonisation : les hill stations himalayennes de l’empire britannique des Indes (1820-1947) ») ou de pratiques coloniales particulières (« Du Gibier au colonisé ? Chasse, guerre et conquête coloniale en Afrique (France, Royaume-Uni, Belgique, 1870-1914) »), mais aussi de politiques étatiques prises de manière synthétique (« Le Reich et l’Allemagne à l’âge des empires coloniaux et de l’impérialisme européen (1871-1919) », « De ‘l’extermination’ à ‘la mise en valeur’ des colonies : le triomphe de l’exception française (1885-1931) ») ou selon des angles plus ciblés comme celui de la propagande (« Apprendre à aimer un fantôme : propagande pro-impériale, mémoire de Léopold II et culture coloniale en Belgique (1880-1960) » ; « L’empire des dictateurs : la propagande coloniale sous Salazar et Mussolini (1922-1940) ») ou des formes de répressions (« L’Italie fasciste et la violence coloniale : les camps de concentration en Cyrénaïque (1930-1933) » ; « Le massacre des ex-prisonniers de guerre coloniaux le 1er décembre 1944 à Thiaroye » ; « La violence par procuration. Les Britanniques dans la guerre des Mau-Mau au Kenya (1952-1960) »). Synthèse ou études de cas, prenant en compte les colonies ou les métropoles, cherchant à lumière des pratiques transnationales, des phénomènes de réception, les textes proposés à la lecture, en général de qualité, sont d’une richesse évidente qui témoigne du dynamisme du champ.

On peut toutefois s’interroger sur le choix d’une forme éditoriale qui, pour répondre aux questions posées dans l’introduction ne propose aucune conclusion. L’introduction souhaitait amener à penser une nouvelle « histoire comparée des colonisations européennes aux XIXe et XXe siècles ». Une fois l’ouvrage refermé, le lecteur a certes beaucoup appris – et ce n’est évidemment pas négligeable − ; pour autant, la juxtaposition de textes, mêmes intéressants, suffit-elle à produire une histoire comparée ?

Claire Fredj


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