Alain Bataille, Michel Cordillot, Former les hommes et les citoyens. Les réformateurs sociaux et l’éducation, 1830-1880

par Jacques Girault  Du même auteur

Alain BATAILLE, Michel CORDILLOT. – Former les hommes et les citoyens. Les réformateurs sociaux et l’éducation, 1830-1880, Paris, Les éditions de Paris Max Chaleil, 2010, 213 pages.


Alain Bataille, président du Musée du livre scolaire d’Auxerre, et Michel Cordillot, spécialiste de l’histoire des mouvements sociaux anglo-saxons et des pensées socialistes pré-marxistes, publient une anthologie de textes et documents produits par les réformateurs sociaux français des années 1840 aux années 1880. Cette cinquantaine de textes provenant d’ouvrages, d’articles de presse, de discours sont précédés par des introductions qui les contextualisent et suivis par de courtes conclusions qui soulignent leurs innovations et leurs limites. Mais ces textes sont souvent découpés et l’index nominatif reste superficiel.

 

Des tâtonnements et des expérimentations préparent les idées républicaines mises en action quand la République est assurée. Comme l’écrit l’inspecteur général Jules Barni en 1872, « L’ignorance avec le despotisme nous a perdus ; l’instruction avec la République nous sauvera. »

 

Pour ces réformateurs, l’éducation doit amener le bonheur et le progrès social, parfois l’unité nationale selon le chrétien Charles-François Chevé, la paix selon Cabet, la dignité humaine selon Flora Tristan par la « réhabilitation du travail ». Toutefois, « l’enseignement intégral » ne pourra être instauré qu’après « la destruction de l’État politique, juridique, militaire et bourgeois par la Révolution sociale ! », proclame le représentant des mécaniciens lyonnais lors du congrès ouvrier en 1878. L’Association libre pour l’éducation du peuple dès 1832 établit une différence de scolarité pour les hommes et les femmes. Et les auteurs dans leurs remarques conclusives notent que l’oubli de l’éducation féminine eût été pire ! Jules Ferry ne fait qu’inscrire dans ses lois ces idées transmises depuis un demi-siècle par ces réformateurs. « L’État républicain établira une éducation publique », comme l’indiquait la Société démocratique française en exil en Angleterre en 1839.

Des divergences apparaissent aussi. Ainsi, en 1849, Vincent Raspail se méfie du corporatisme enseignant, « Gardez-vous de confier l’instruction à un corps enseignant quelconque ». S’opposent indirectement à un tel jugement les membres de l’Association fraternelle des instituteurs, institutrices et professeurs socialistes pour qui « L’éducation doit être donnée simultanément dans la famille et dans les écoles publiques. » A la neutralité souhaitée par Jean Macé, fondateur de la Ligue de l’enseignement, en 1867 pour s’opposer au poids de la politique et de la religion, semblait répondre, dès 1850, Victor Hugo qui, s’opposant à la loi Falloux, y voyait une « arme » qui sera saisie par « la main du parti clérical ».

Des réflexions riches et bien mises en valeur. A lire bien entendu !

Jacques Girault

 



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