La production des élites en Suisse

Le recrutement des hauts dirigeants d’entreprises suisses (1910-1980)

par Isabelle Lucas  Du même auteur

      Stéphanie Ginalski  Du même auteur

      Thomas David  Du même auteur

Résumé

Jusqu’à une période récente, les rares études qui se sont intéressées aux dirigeants d’entreprises en Suisse aux XIXe et XXe siècles ont eu tendance à célébrer la figure du self-made man, parti de rien et parvenu à la fin de sa vie aux plus hautes positions de pouvoir. Cet article, qui porte sur l’origine sociale et la formation de plus de 800 hauts dirigeants des plus importantes entreprises suisses, actifs entre 1910 et 1980, s’inscrit en faux contre cette vision hagiographique. Il montre, confirmant les recherches sur le recrutement des grands dirigeants en Europe occidentale ou aux États-Unis, que l’origine sociale constitue le facteur le plus déterminant de la réussite. Deux spécificités helvétiques émergent toutefois. D’une part, quelques lieux de formation dominent, qui sont tous des établissements publics. D’autre part, l’armée joue un rôle important dans le parcours des dirigeants helvétiques. Ce lieu de sociabilité exclusivement masculin contribue à l’exclusion des femmes des centres de pouvoir économique.

Plan de l’article
  • Le recrutement des élites économiques en Europe occidentale et aux États-Unis
  • Définir l’origine sociale des élites là où le silence est d’or
  • Quand la formation porte le cachet des origines sociales
    • 1910-1937 – L’appel aux diplômés et l’émergence du manager professionnel
    • 1957-1980 – Impact mineur de la démocratisation des études sur l’accès aux postes de dirigeants d’entreprises

Autres articles du dossier La production des élites en Suisse