Enquêter en entreprise

Effets de miroir à Saint-Gobain. Relations publiques et sociologie du travail (1956-1958)

par Gwenaële Rot  Du même auteur

      François Vatin  Du même auteur

Résumé

Cet article étudie la politique de communication des grandes entreprises françaises et leur réaction face aux projets d’enquêtes de sociologie du travail à la fin des années 1950. Il s’appuie sur le cas de Saint-Gobain, dont la glacerie de Chantereine dans l’Oise est alors considérée comme un des fleurons industriels français. Cette compagnie fait partie des pionniers en France des « Relations publiques », doctrine selon laquelle les entreprises devraient être des « maisons de verre ». La glacerie de Chantereine fait l’objet d’une intense politique de communication et reçoit de nombreuses visites françaises et étrangères. Pourtant, le sociologue Pierre Naville, qui voulait en faire un des exemples majeurs dans sa grande étude sur l’automation, ne parviendra pas à convaincre la direction de la compagnie de le laisser mener l’enquête in situ. L’entreprise, qui était en train d’améliorer encore son processus de production, ne voulait pas laisser écorner l’image lisse qu’elle entendait donner de son organisation productive. Confrontée aux difficultés pratiques de l’automatisation de ses procédés, l’entreprise se manifestait, en dépit de ses prétentions à la transparence, comme le « laboratoire secret de la production » dénoncé par Karl Marx.

Plan de l’article

  • L’émergence des relations publiques en France : le cas de Saint-Gobain
  • Enquêter sur l’automation : un nouveau thème pour la sociologie du travail
  • « Chantereine, vedette des glaceries »
  • L’enquête avortée : Pierre Naville face à Saint-Gobain
  • « Maison de verre » ou « laboratoire secret de la production » ’